Le lait est un aliment sur lequel presque tout le monde a une opinion bien tranchée, aussi bien pour son goût que pour son influence sur la santé. Certains l'adorent, d'autres le trouvent imbuvable. Certains l'intègrent systématiquement à leur alimentation, tandis que d'autres l'en bannissent volontairement. Un jour, on entend que le lait regorge de bons nutriments, et le lendemain, que les adultes ne devraient pas du tout en boire.
Table des matières
- La production du lait
- Valeurs nutritionnelles du lait
- Valeurs nutritionnelles du lait : protéines
- Concentration des protéines dans le lait de vache
- Lait frais vs lait longue conservation : quelles protéines sont « meilleures » ?
- Le lait comme boisson sportive
- Le lait chocolaté comme boisson sportive
- Protéines rapides et lentes : « le lait ralentit votre supplément de whey » : réalité ou mythe ?
- Le lait ralentit-il donc l'absorption de la whey ?
- « Le lait est bon pour tous », donc aussi pour les femmes*
- Valeurs nutritionnelles du lait : graisses
- Graisses dans le lait : le lait fait-il grossir ?
- Perdre du poids grâce au lait ?
- Davantage de recherches sur le lait sont nécessaires
- Valeurs nutritionnelles du lait : glucides, lactose
- Le lait et son influence sur les niveaux d'IGF-1
- Intolérance au lactose vs allergie au lactose vs galactosémie
- Galactosémie
- Allergie au lait de vache, allergie aux protéines du lait de vache
- Acné due au lait et aux suppléments
Il est temps, me semble-t-il, de remettre un peu d'ordre dans tout cela. J'aborderai les différentes formes de lait et les produits dérivés, leurs valeurs nutritionnelles et leur influence sur la santé sous plusieurs angles.
Je me limiterai toutefois au lait de vache.
Comme le sujet du lait peut être abordé sous de très nombreux angles, que l'article risquait donc de devenir très long et que certaines personnes attendent ce texte depuis un moment, je l'écrirai en deux parties.
Cette première partie traite surtout de l'influence du lait sur la composition corporelle via la masse musculaire et le pourcentage de graisse, mais aussi de l'intolérance au lactose, des allergies et de l'acné. La partie II abordera plus en détail son influence sur la santé générale, comme la relation entre lait et diabète, ainsi qu'entre lait et risque de maladies cardiovasculaires.
La production du lait
Une vache doit donner naissance à un veau chaque année pour pouvoir produire du lait. Une vache donne en moyenne 21 litres de lait par an. Les vaches sont traites deux fois par jour, le lait passant directement par des conduites vers de grandes cuves de refroidissement. Tous les trois jours, le lait est collecté par l'entreprise laitière. On contrôle la présence éventuelle de médicaments vétérinaires, de bactéries, ainsi que la quantité de graisse et de protéines. Plus le lait contient de graisse et de protéines, plus l'éleveur est rémunéré. Dans la laiterie elle-même, le lait est stocké et les graisses sont séparées du lait. Le lait peut ensuite être transformé en différents produits finaux, comme le lait entier, demi-écrémé et écrémé, en réajoutant les quantités de graisse correspondantes. Cela garantit qu'un produit laitier donné contient toujours la quantité de graisse attendue, sans variation due à différentes sources (différentes vaches et alimentation). Les différents types de lait subissent ensuite encore quelques étapes destinées à améliorer et préserver leur qualité.
Pasteurisation : le lait est chauffé à 72 degrés afin de tuer les bactéries,
Homogénéisation : le lait est pressé à travers de petits orifices, ce qui réduit la taille des globules gras et leur permet de mieux se dissoudre dans le lait. Cela évite que la graisse flotte à la surface du lait et préserve sa couleur blanche.
Le lait est ensuite refroidi et stocké dans des cuves de refroidissement ; il est alors, en principe, prêt à être conditionné et vendu.
Lait longue conservation : lait stérilisé
Pour prolonger la durée de conservation du lait, celui-ci peut être chauffé une nouvelle fois. Ce procédé s'appelle la stérilisation. En raison de ce deuxième chauffage, le goût diffère de celui du lait « frais » (mais donc, en réalité, pasteurisé). Aujourd'hui, on chauffe souvent le lait à Ultra Haute Température (UHT). Il s'agit d'une température beaucoup plus élevée, appliquée pendant une durée beaucoup plus courte, ce qui réduit la différence de goût.
Lait et produits dérivés : fromage blanc, fromage, yaourt, etc.
L'éleveur moyen ne vend qu'une petite partie du lait sous forme de lait. Seuls 7 % sont vendus comme lait. Plus de la moitié du lait est transformée en fromage à la ferme même, tandis qu'un peu plus de 5 % est transformé en desserts comme le yaourt.
Valeurs nutritionnelles du lait
Vous trouverez ci-dessous les tableaux de valeurs nutritionnelles établis par NEVO (Nederlands Voedingsstoffenbestand, faisant partie du RIVM). Je présente d'abord les valeurs, puis j'aborderai séparément les « plus importantes ».
| Aliment | Énergie (kJ) | Énergie (kcal) | Protéines (g) | Glucides (g) | Graisses (g) | Eau (g) |
| Lait demi-écrémé | 192 | 46 | 3.4 | 4.6 | 1.5 | 89.4 |
| Lait écrémé | 150 | 35 | 3.7 | 4.9 | 0.1 | 90.3 |
| Lait entier | 258 | 62 | 3.3 | 4.5 | 3.4 | 87.6 |
Valeurs nutritionnelles du lait : protéines
Le lait est une source de protéines. Mieux encore, il est la source des suppléments de protéines les plus vendus. Le lait contient des centaines de types de protéines différents, dont la plupart en très petites quantités. Celles-ci sont classées de différentes manières, par exemple en caséine (80 %) et en whey (20 %), ou dans les classes caséine, albumine et globuline. La répartition ci-dessous est plus précise (1).
Concentration des protéines dans le lait de vache
| Conc. dans le lait % du total | g/kg de protéines | w/w |
| Caséine | ||
| Caséine alpha-s1 | 10.0 | 30.6 |
| Caséine alpha-s2 | 2.6 | 8.0 |
| Caséine bêta | 10.1 | 30.8 |
| Caséine gamma | 3.3 | 10.1 |
| Total caséine | 26.0 | 79.5 |
| Protéines de lactosérum | ||
| Bêta-lactalbumine | 1.2 | 3.7 |
| Bêta-lactoglobuline | 3.2 | 9.8 |
| Albumine sérique sanguine | 0.4 | 1.2 |
| Immunoglobuline | 0.7 | 2.1 |
| Autre | 0.8 | 2.4 |
| Total protéines de lactosérum | 6.3 | 19.3 |
| Fat Globule Membrane Proteins | 0.4 | 1.2 |
| Protéines totales | 32.7 | 100 |
La whey est surtout populaire en raison de son absorption rapide par l'organisme, ce qui la rend considérée comme très adaptée juste après l'entraînement ou au réveil, après que votre corps n'a pas reçu de protéines pendant un certain temps durant le sommeil (ce qui entraîne une dégradation musculaire). La caséine, en raison de son absorption plus lente, est par exemple plus adaptée avant le coucher, afin de fournir à votre corps des protéines pendant une période plus longue durant le sommeil.
Sous forme de lait pur, vous absorbez donc une combinaison des deux. D'un côté, c'est un avantage, car vous recevez des protéines à très court terme (whey) et à un peu plus long terme (caséine), ce qui assure une libération progressive (voir aussi plus loin). De l'autre, il arrive que l'on recherche une protéine spécifique, ce qui peut rendre les suppléments uniquement à base de whey ou de caséine plus attractifs. Une autre grande différence avec les suppléments est la quantité relative de protéines que vous absorbez. Les suppléments peuvent contenir presque 100 % de protéines selon la façon dont elles ont été filtrées, tandis que le lait ne contient « que » 3 à 4 pour cent de protéines.
Je me limiterai ici aux protéines du lait et n'entrerai pas trop dans le détail des protéines dans les suppléments, puisqu'elles sont déjà assez souvent abordées sur ce site.
Lait frais vs lait longue conservation : quelles protéines sont « meilleures » ?
On entend parfois dire que le lait longue conservation (stérilisé UHT) aurait de moins bonnes valeurs nutritionnelles parce qu'il a été chauffé à haute température afin de tuer les micro-organismes, comme décrit ci-dessus. Le chauffage à haute température casserait les chaînes de protéines, les rendant moins utiles. Des chercheurs français ont décidé d'étudier cette question (2). Outre le lait « frais » (PAST*) et le lait stérilisé (UHT), ils ont aussi examiné le lait microfiltré, rendu longue conservation en filtrant les micro-organismes (MF).
Dans le graphique ci-contre, vous voyez, pour chaque type de lait, la quantité de protéines absorbées dans le sang et à quelle vitesse. Il apparaît clairement que ce sont justement les protéines du lait le plus chauffé, UHT, qui sont absorbées le plus et le plus rapidement. Cela est probablement dû au fait que les liaisons entre les longues chaînes de protéines sont rompues, ou au moins assouplies, ce qui accélère leur digestion.
En revanche, ces « protéines rapides » sont aussi éliminées plus rapidement par l'organisme. Dans le graphique ci-contre, vous voyez quelle quantité de protéines a été retrouvée dans l'urine, ce qui indique la vitesse et l'ampleur de leur excrétion.
La vitesse d'absorption des protéines et la durée de cette absorption sont importantes pour leur contribution à la croissance musculaire. Pour le dire simplement, les protéines plus rapides entraînent dans une plus grande mesure un effet anabolisant plus élevé, favorable à la construction musculaire, tandis que les protéines plus lentes limitent surtout la dégradation musculaire. Nous y reviendrons plus loin.
* Le « lait frais » tel que nous l'achetons en magasin est lui aussi chauffé, mais à une température plus basse (« pasteurisé »)
Le lait comme boisson sportive
Plusieurs études indiquent la valeur ajoutée du lait comme boisson post-workout (après l'entraînement). Des chercheurs du Texas ont observé une augmentation de la synthèse protéique, c'est-à-dire la production de nouvelles protéines permettant aux muscles de croître, après la consommation de lait (entier) après l'entraînement (3). Cette synthèse protéique s'est produite en réaction à un entraînement de résistance et à la prise d'acides aminés (les protéines sont constituées d'acides aminés). Dans cette étude, ils ont surtout mesuré l'absorption des acides aminés phenylalanine et threonine dans le sang comme représentation des autres acides aminés.
L'ingestion de lait après un exercice de résistance entraîne une absorption de phénylalanine et de thréonine, représentative de la synthèse nette des protéines musculaires. Ces résultats suggèrent que le lait entier pourrait permettre une utilisation accrue des acides aminés disponibles pour la synthèse protéique
T.A. Elliot, University of Texas
Ils ont d'ailleurs constaté que le lait entier provoquait une absorption des acides aminés presque 3 fois plus importante que le lait écrémé.
Le lait chocolaté comme boisson sportive
« Mais je n'aime pas le lait ».
D'accord, j'aborderai plus loin toutes les bonnes raisons de ne pas boire de lait, comme les allergies au lactose et aux protéines du lait de vache.
« Je n'aime pas ça » appartient à la même catégorie que : « Je n'avais pas le temps de m'entraîner », « Au travail, je n'ai pas la possibilité de manger régulièrement », « Il fait mauvais, donc je ne vais pas m'entraîner », « J'ai mal au petit doigt gauche, donc je ne vais pas courir », « Le Soleil et Jupiter ne sont pas alignés ». Ce sont autant d'excuses pour ne pas faire ce que vous devriez faire afin d'atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés.
Pas d'inquiétude, des recherches ont aussi été menées pour les flâneurs, tout comme il existe des cours de zumba pour les personnes qui veulent bien bouger davantage, mais qui ont besoin de musique, de compagnie et d'un instructeur pour les faire sortir du canapé et les mettre en mouvement. On a en effet également examiné si le lait chocolaté avait des effets bénéfiques comme boisson sportive (4).
Le choix du lait chocolaté, dans la première étude que je présente, n'a pas vraiment été fait pour les personnes qui n'aiment pas le lait normal, mais en raison de la plus grande quantité de glucides que le lait chocolaté contient par rapport au lait. Le lait chocolaté contient environ 25 grammes de glucides (en partie du lactose) pour 100 grammes, contre au maximum 5 grammes de glucides (entièrement du lactose) dans le lait. Il contient aussi normalement plus de dix grammes de graisse supplémentaires. Les chercheurs de la Southern Connecticut State University s'intéressaient toutefois surtout aux effets des protéines en combinaison avec les glucides, et ils ont donc utilisé du lait chocolaté écrémé, sans matière grasse (4).
Ils ont demandé à des coureurs expérimentés de courir pendant deux semaines, 45 minutes à chaque fois (à 65 % de la VO2-max). Pendant les trois heures qui suivaient, ils ont observé l'influence sur, entre autres, la synthèse protéique. Ils ont constaté que le lait chocolaté entraînait une synthèse protéique plus importante (ce qui, dans les bonnes conditions, conduit à la croissance musculaire).
Les effets de la consommation de LAIT (chocolaté sans matière grasse) après un exercice d'endurance sur la FSR, les molécules de signalisation du renouvellement des protéines musculaires squelettiques, la cinétique de la leucine et les mesures de performance suggèrent des bénéfices uniques du lait par rapport à une boisson contenant uniquement des glucides.
W.R. Lunn, Southern Connecticut State UniversityD'autres chercheurs américains de la James Madison University, Harrisonburg, sont toutefois arrivés à une autre conclusion (5).
Ils ont demandé à des footballeurs de suivre pendant une semaine un entraînement « normal », puis pendant une semaine un « entraînement extra-intensif », afin de voir quels effets le lait chocolaté, d'une part, et les glucides, d'autre part, avaient sur la capacité de récupération et les performances pendant la récupération après une période d'entraînement intensif. Ils ont notamment observé la fatigue, les courbatures et la force (isométrique) des quadriceps.
Ils n'ont constaté aucune différence, à l'exception de la créatine kinase, qui constitue notamment un indicateur du degré de dommages musculaires.
...sans différences entre les traitements. Aucun effet traitement*temps n'a été observé pour Mb, les courbatures, les évaluations de fatigue et MVC. Cependant, la CK sérique était significativement plus basse (p < 0.05) après quatre jours d'ITD avec CM (316.9 +/- 188.3 U.L-1) par rapport à CHO (431.6 +/- 310.8 U.L-1).
S.F. Gilson, James Madison UniversityBien qu'ils n'aient donc constaté aucune différence en matière de performances, de fatigue et de courbatures, le lait chocolaté a entraîné moins de créatine kinase. Cela laisse supposer qu'il y a moins de dommages musculaires parce que la récupération a été meilleure grâce au lait chocolaté. Les chercheurs indiquent donc que des recherches supplémentaires devront déterminer si cela fait une différence à plus long terme.
Protéines rapides et lentes : « Le lait ralentit ton complément de whey » : fait ou mythe ?
Lorsque l'on présente le lait comme boisson pour sportifs, beaucoup restent tout de même perplexes. Les athlètes de force utilisent souvent des compléments de whey directement après l'entraînement. Le corps est passé en état catabolique à cause de l'épuisement des réserves de glycogène, utilisées entre autres par les muscles comme carburant. Catabolique signifie que le corps cherche maintenant dans l'organisme des ressources à dégrader et à convertir en glucose, comme les graisses mais aussi les protéines présentes dans les muscles. Pour remettre le corps le plus rapidement possible en état anabolique, dans lequel les tissus sont au contraire construits à partir des nutriments, ces sportifs font souvent deux choses : ils prennent des glucides rapides afin d'éviter une dégradation supplémentaire des protéines musculaires, puisqu'une autre source d'énergie est de nouveau disponible. En plus de cela, ils consomment des protéines rapides afin de fournir aux muscles les ressources nécessaires pour recommencer à construire. Ils choisissent des protéines rapides, surtout la whey, pour la raison évidente qu'elles sont disponibles le plus vite possible.
On entend très souvent dire que la whey après l'entraînement (ou le matin au réveil) ne doit pas être mélangée avec du lait, parce que cela ralentirait l'absorption de la whey. J'ai notamment entendu trois raisons différentes avancées par des personnes sur des forums, mais nulle part elles n'étayent cette affirmation.
L'un dit que ce sont les graisses du lait qui font que le lait ralentit l'absorption de la whey. Pourtant, le reproche de l'effet ralentisseur du lait sur la whey est également formulé lorsqu'il s'agit de lait écrémé, qui ne contient donc pas de graisse.
D'autres disent plutôt que c'est le lactose du lait (voir plus loin). Ces glucides, relativement lents, « formeraient un fond dans l'estomac », ce qui ralentirait l'absorption des protéines. Enfin, certaines personnes disent que c'est la caséine(-protéine) qui ralentit l'absorption de la whey.
Je ne connais aucune étude, et je n'en ai pas trouvé, dans laquelle on aurait par exemple d'abord examiné l'absorption de whey prise avec de l'eau, puis comparé celle-ci avec de la whey prise avec du lait. Il existe toutefois deux études distinctes qui peuvent apporter un éclairage.
La première étude, datant de 1997, confirme la différence d'absorption entre la whey et la caséine lorsqu'elles sont prises séparément. Des chercheurs de la Université Clermont Auvergne ont comparé la vitesse à laquelle le niveau d'acides aminés dans le sang augmentait et la durée de cette élévation après ingestion de whey et de caséine (6). L'hypothèse était que les acides aminés issus de la whey seraient absorbés plus rapidement parce que la whey se dissout facilement dans l'estomac, tandis que la caséine forme des amas (7). Ils ont mesuré l'augmentation des acides aminés en « marquant » un acide aminé spécifique, la leucine. En ajoutant à la protéine ingérée de la leucine liée à un composé carboné spécifique, il était possible de suivre à quelle vitesse et dans quelle mesure cela entraînait une augmentation de la quantité d'acides aminés dans le sang.
Ils ont observé que les acides aminés issus de la whey étaient absorbés plus rapidement, mais que leur quantité diminuait aussi plus vite, tandis qu'avec la caséine il fallait plus de temps avant que les niveaux d'acides aminés dans le sang augmentent, mais aussi plus de temps avant qu'ils redescendent. Cela se voit clairement dans l'image ci-dessus, où l'augmentation de l'acide aminé leucine est représentée. La whey provoque un pic important pendant les 2 à 3 premières heures après ingestion, mais diminue ensuite rapidement, si bien qu'après 4 à 5 heures les niveaux reviennent à leur point de départ. La caséine provoque une augmentation plus faible, mais encore visible après 7 heures.
Nos résultats démontrent que les acides aminés dérivés de CAS sont effectivement libérés lentement depuis l'intestin et que les protéines lentes et rapides modulent différemment les changements postprandiaux de la synthèse, de la dégradation, de l'oxydation et du dépôt des protéines dans l'ensemble du corps.
Y. Boirie, Université Clermont AuvergnePrises séparément, il existe donc bel et bien des différences de vitesse d'absorption. Il aurait bien sûr été intéressant que les mêmes chercheurs examinent aussi ce qui se passe lorsque les deux sont prises simultanément. Cela montrerait en tout cas quel effet la caséine présente dans le lait a sur la whey.
La personne qui dirigeait l'étude (Y. Boirie) a toutefois été impliquée l'année dernière dans une autre étude réalisée pour la Mayo Clinic à Rochester (États-Unis)(8). Dans leur protocole, les chercheurs faisaient notamment référence à l'étude mentionnée ci-dessus, qui montrait la différence de vitesse, et se demandaient si cette différence existe aussi lorsque les deux sources de protéines sont ingérées simultanément.
Ils ont examiné les vitesses d'absorption de la whey et de la caséine après qu'elles ont été ingérées ensemble, comme dans le lait. Cette fois, ils ont « marqué » l'acide aminé phénylalanine dans les deux sources de protéines. Les sujets ont été répartis en trois groupes : les deux premiers groupes recevaient de la whey, de la caséine et du lactose (donc les valeurs nutritionnelles du lait sans les graisses, les vitamines et les minéraux). La seule différence entre ces deux premiers groupes était la manière dont l'acide aminé phénylalanine était marqué, afin d'exclure les erreurs dues au marquage. Le troisième groupe était un groupe témoin qui ne recevait que du lactose (mais en plus grande quantité, afin d'arriver au même nombre de calories que les deux premiers groupes).
Dans l'image ci-dessus (B), on voit comment l'ingestion simultanée de whey et de caséine entraîne une augmentation de la phénylalanine dans le sang. Cela a été mesuré dans trois veines différentes, d'où les trois lignes, afin de voir d'éventuelles différences selon le site de mesure. Si l'on compare cela avec le graphique situé au-dessus, issu de l'étude précédente de Boirie, on voit que la whey entraînait un pic rapide puis diminuait rapidement, tandis que la caséine assurait une libération plus modérée mais plus durable, aboutissant à une ligne presque horizontale. Il semble maintenant que nous voyions « la moyenne » de ce qui se passait lorsque la whey et la caséine étaient prises séparément : une ligne qui monte vite, mais redescend plus lentement.
Le lait ralentit-il donc l'absorption de la whey ?
Si nous regardons nous-mêmes l'image B (la deuxième, avec les deux mélangées), l'augmentation de la phénylalanine ressemble davantage à l'augmentation de la leucine avec la whey qu'à celle observée avec la caséine. La diminution ressemble toutefois davantage à celle de la caséine lorsqu'elle est prise séparément. Autrement dit, on dirait que nous avons les avantages des deux.
Regardez encore une fois la « première image B », où la whey et la caséine étaient prises séparément. La caséine avait alors besoin de 40 minutes pour atteindre le pic, puis ce niveau était maintenu pendant près de quatre heures avant de commencer à baisser. Mélangée avec de la whey, en revanche, le niveau le plus élevé est maintenu moins d'une heure, même si la montée dure toujours plus longtemps que dans le cas de la whey. Elles ont donc bien une influence l'une sur l'autre, mais l'effet modificateur de la whey sur la caséine semble plus important que l'inverse.
Je vois donc des différences entre les résultats des deux études. Dans leur conclusion, les chercheurs semblent toutefois surtout regarder ce qui ne change pas. Ils reconnaissent que les différences entre la whey et la caséine peu après l'ingestion sont beaucoup plus faibles que lorsqu'elles sont prises séparément, mais ils mettent l'accent sur l'effet plus long de la caséine. Comme cet effet est présent dans les deux études, ils disent qu'il n'y a pas de différence entre prendre la whey et la caséine séparément et les prendre ensemble. Eh bien, tout dépend de la façon dont on formule sa conclusion :
Nos résultats démontrent que les différences de profil d'absorption entre WP et Cas sont conservées même lorsque les protéines sont mélangées. Il est important de savoir que l'ajout de WP à Cas n'atténue pas l'absorption lente et durable souhaitable de Cas, et ne ralentit pas complètement l'absorption de WP.
M. Soop, Mayo Clinic, Rochester, MinnesotaNous nous intéressons davantage à l'effet de la caséine sur la whey qu'à l'inverse. Si tu utilises du lait pour ton shake de whey, tu ajoutes en effet de la caséine (80 % et 20 % de whey) à ta whey, ce qui les mélange. Les chercheurs disent que la caséine ne « ralentit pas complètement » la whey, mais ils constatent donc bien un ralentissement. Dans les derniers graphiques présentés, on voit les deux mesures fondées sur les différentes manières dont la phénylalanine a été marquée. Mélangée, il faut, selon la méthode de marquage, environ 40 à 140 minutes pour que la whey provoque une valeur maximale. Dans l'étude où elle est prise séparément, cela durait environ 90 minutes. Il est donc dommage que les deux valeurs obtenues avec différentes méthodes de marquage divergent autant, car on ne peut pas vraiment dire maintenant que la whey est devenue plus lente. Si l'on prenait la moyenne des deux valeurs, on arriverait également à 90 minutes. La question reste toutefois de savoir si la moyenne des deux mesures constitue une bonne indication.
Les chercheurs se demandent eux-mêmes s'il est justifié que la whey reçoive plus d'attention (de la part des chercheurs) que la caséine lorsqu'il s'agit de croissance musculaire. Une conclusion importante des chercheurs est donc que, pour la croissance musculaire, il est possible que l'on bénéficie davantage de la combinaison entre la libération plus longue et progressive de la caséine et la libération rapide de la whey.
.... Les résultats ont clairement démontré que Cas et WP augmentent tous deux l'accrétion des protéines musculaires, mais que l'effet est plus prononcé avec Cas.
Certaines discussions récentes sur les protéines du lait, dans le contexte de leur capacité à améliorer la masse musculaire ou à atténuer la perte musculaire dans des états pathologiques, se sont concentrées sur les bénéfices de la whey. Cependant, nous proposons d'accorder davantage d'attention à l'administration combinée de Cas et de WP.
M. Soop, Mayo Clinic, Rochester, MinnesotaBodybuilders : rapport différent entre whey et caséine, et quantité totale de protéines par repas différente de celle de l'étude.
Pour déterminer dans quelle mesure les résultats peuvent être transposés à la pratique en ce qui concerne la croissance musculaire, il est utile de regarder combien de protéines le bodybuilder moyen et l'athlète de force moyen consomment par repas, et dans quel rapport, puis de comparer cela aux quantités utilisées dans l'étude.
Les chercheurs soulignent eux-mêmes, par exemple, que les quantités de protéines ingérées en un seul repas dans l'étude correspondent normalement à l'apport d'une journée entière, et que l'effet de quantités plus faibles de protéines n'a pas été étudié. Les bodybuilders et autres athlètes de force consomment souvent beaucoup plus de protéines que la personne moyenne, voire que l'athlète moyen. Deux à trois grammes par kilo de poids corporel n'ont certainement rien d'inhabituel. Les quantités utilisées dans l'étude (par repas, 0,625 gramme par kilo de masse maigre pour la whey comme pour la caséine) sont également élevées en comparaison. Dans mon cas, par exemple (84 kg, 5 % de masse grasse), je recevrais dans l'étude près de 50 grammes de whey et 50 grammes de caséine par repas (la masse maigre est 84*0,95 = 79,8 * 0,625 = 50 grammes arrondis). Normalement, je mange au maximum 252 grammes de protéines par jour (3 grammes par kilo de poids corporel, graisse incluse). Réparti sur 6 ou 7 repas, cela représente 36 à 42 grammes de protéines par repas. La quantité utilisée dans l'étude est donc largement plus du double. D'un autre côté, comme presque tous les bodybuilders, je mange donc sur l'ensemble d'une journée plus que les sujets de test dans ce seul repas (2,5 fois plus). Cela ne dit pas grand-chose sur l'apport total en protéines, parce que l'on ne sait pas combien de protéines les sujets mangeaient en moyenne en dehors de ce repas de l'étude.
Il est donc plus important de comparer les rapports whey/caséine dans l'étude avec la façon dont tu préparerais toi-même ton shake en ajoutant du lait à ta whey. Ces rapports sont en effet différents dans l'étude. Supposons que je mélange 40 grammes de whey avec 300 ml de lait :
Le lait contient 3 grammes de protéines pour 100 ml (4 grammes dans le lait écrémé). Dans 300 ml de lait, il y a donc 9 grammes de protéines. Sur cette quantité, 80 % sont de la caséine et 20 % de la whey. Le lait apporte donc 2,4 grammes de caséine (3 grammes x 0,80) et donc 0,6 gramme de whey.
En mélangeant les deux, on arrive donc à 40,6 grammes de whey et 2,4 grammes de caséine. Tu as donc plus de 15 fois plus de whey que de caséine ! Dans l'étude, 50 grammes de caséine semblaient avoir peu d'effet sur 50 grammes de whey. Il faut donc se demander quel effet seulement deux grammes et demi de caséine peuvent avoir sur 40 grammes de whey.
Bien qu'il existe donc des différences dans la vitesse d'absorption de la whey comme de la caséine lorsqu'on les ingère ensemble, comme dans le lait, ces différences semblent faibles. De plus, les rapports des quantités de protéines ingérées sont, en pratique, beaucoup plus en faveur de la whey lorsqu'il s'agit de mélanger avec du lait, ce qui rend cet effet peut-être plus faible, voire négligeable. Garde aussi à l'esprit que la caséine contribue proportionnellement davantage à prévenir la dégradation musculaire, tandis que la whey agit surtout sur la construction des muscles. Combiner les deux semble donc n'apporter que des avantages.
C'était d'ailleurs aussi la conclusion de chercheurs de la Baylor University à Waco, Texas (9). Ils ont fait s'entraîner leurs sujets (36 hommes) quatre fois par semaine, avec deux séances pour le bas du corps, deux pour le haut du corps et surtout des exercices composés (impliquant plusieurs groupes musculaires) ciblant les grands groupes musculaires. Ils ont reçu pour consigne de boire la boisson sportive prescrite dans les deux heures suivant l'entraînement et le matin les jours de repos. Les chercheurs ont réparti les sujets en trois groupes. Un groupe a reçu 40 grammes de whey plus 8 grammes de caséine (WC). Le deuxième groupe a reçu 40 grammes de whey plus 3 grammes de BCAA (branched-chain amino acids) + 5 grammes de glutamine, afin d'arriver à la même quantité d'acides aminés (WBG). Le troisième groupe a servi de groupe témoin et a reçu 48 grammes de glucides (P). Dans l'image ci-dessus (figure 2), tu vois l'effet sur la masse maigre. Il en ressort que l'association de whey et de caséine dans un rapport de 4:1 donne de meilleurs résultats que la whey seule (T1 correspond aux résultats après cinq semaines, T2 aux résultats après dix semaines). Sur le plan de la force aussi, cela a entraîné la plus forte augmentation, comme le montre le graphique ci-dessous, qui présente le 1RM (le poids maximal avec lequel tu peux effectuer une répétition) au développé couché (figure 3).
Ce qui frappe toutefois dans cette étude, c'est que la whey n'a pas du tout entraîné d'augmentation de la masse maigre, mais au contraire une diminution. Cela peut tenir au protocole de l'étude. Les sujets n'étaient pas autorisés à utiliser des suppléments en plus de la protéine prévue pour l'étude. Comme indiqué, les bodybuilders répartissent souvent la protéine sur les différents repas de la journée, avec éventuellement une attention supplémentaire portée à la protéine après l'entraînement. Cela évite que le corps entre en phase catabolique et commence à dégrader les muscles, parce qu'il dispose en permanence de protéine. Si les sujets ne veillent pas toute la journée à consommer une alimentation contenant suffisamment de protéine aux bons moments, l'avantage des 8 grammes de caséine, qui maintiennent davantage d'acides aminés dans le sang pendant 7 heures et plus, pèsera plus lourd.
Construction vs dégradation
En résumé : la croissance musculaire est le combat permanent entre la construction musculaire par la synthèse des protéines (la fabrication de protéine dans le corps à partir des nutriments de l'alimentation) et la dégradation musculaire par la dégradation des protéines pour fournir de l'énergie. Grâce à sa libération rapide et à ses pics élevés, la whey crée un moment de croissance, tandis que la caséine limite ou prévient la dégradation (6,10).
La CAS lentement absorbée favorise le dépôt protéique postprandial en inhibant la dégradation des protéines sans augmentation excessive de la concentration en acides aminés ; à l'inverse, une protéine alimentaire rapide stimule la synthèse des protéines, mais aussi l'oxydation.
Y.Boirie, Université Clermont AuvergnePlus loin dans cet article et dans la partie II, j'aborderai les allergies et les risques pour la santé associés à la consommation de lait. Ce sont des raisons qui peuvent pousser certaines personnes à chercher des alternatives au lait. Une alternative très utilisée au lait est le soja, même si les avis divergent aussi sur les dangers possibles du soja.
Des chercheurs du Canada ont comparé les effets du lait et du soja comme boisson sportive (11). Eux aussi ont observé l'augmentation des acides aminés dans le sang (hyperaminoacidémie). Leur théorie était que le lait finirait par entraîner une synthèse protéique plus importante que le soja. Comme la whey, le soja contient une protéine rapide. Lorsque tu consommes des protéines, cela stimule non seulement la formation de nouvelles protéines musculaires, mais aussi leur dégradation. Au final, il s'en forme davantage qu'il ne s'en dégrade, et c'est là ton gain. On sait que la whey et le soja favorisent proportionnellement davantage la formation de nouvelle protéine (donc plus de synthèse protéique), mais provoquent aussi davantage de dégradation parce que les acides aminés disparaissent plus rapidement du sang. À l'inverse, la caséine plus lente contribuerait peu, voire beaucoup moins, à la synthèse protéique, mais entraînerait moins de dégradation (6,10).
Comme le lait est une combinaison de whey (20%) et de caséine (80%), leur hypothèse était que le lait assure ainsi, au final, un meilleur équilibre protéique. Autrement dit, la différence entre la protéine produite et la protéine dégradée devient plus positive.
Les Canadiens ont donné à de jeunes hommes en bonne santé du soja ou du lait après un entraînement contre résistance. Dans les deux cas, il s'agissait de 18,2 grammes de protéine, 1,5 gramme de graisse, 23 grammes de glucides et 750 calories par boisson. Il n'y avait donc pas de différence dans les valeurs nutritionnelles elles-mêmes, afin de pouvoir observer l'effet des différents types de protéine. Eux aussi ont mesuré l'incorporation de phénylalanine (dans la jambe). Dans les images ci-dessus, tu vois l'accumulation totale d'acides aminés (TAA) dans le sang au fil du temps après l'entraînement. On voit qu'avec le soja, l'accumulation est plus rapide, mais qu'elle diminue aussi plus vite, si bien qu'après environ une heure et demie, l'avantage passe au lait. Dans le graphique en dessous, tu vois la vitesse de la synthèse protéique, 3 heures après l'entraînement. On constate alors un avantage net du lait par rapport au soja.
Les protéines issues du lait favorisent l'accumulation de protéines musculaires dans une plus grande mesure que les protéines issues du soja lorsqu'elles sont consommées après un entraînement contre résistance. La consommation de protéines de lait ou de soja avec un entraînement contre résistance favorise le maintien et les gains de masse musculaire, mais la consommation chronique de protéines de lait après l'exercice contre résistance soutient probablement une accumulation de masse maigre plus rapide.
S.B.Wilkinson, McMaster University, Hamilton, CanadaLe même chercheur a également participé à une autre étude menée à la McMaster University (mais pas en tant que chercheur principal) sur les différences entre lait, soja et glucides après l'entraînement (12). Outre le fait que la comparaison incluait désormais aussi les glucides, la croissance musculaire et l'augmentation de la force ont été mesurées (chez de jeunes haltérophiles débutants) au lieu de la quantité d'acides aminés dans le sang. Pour la force, il n'y avait aucune différence entre les trois groupes. Pour la croissance musculaire, oui. Le volume des muscles a davantage augmenté avec le lait qu'avec le soja et les glucides.
Nous concluons que la consommation chronique de lait après l'exercice favorise une hypertrophie plus importante pendant les premières étapes de l'entraînement contre résistance chez les haltérophiles novices, par rapport à une consommation isoénergétique de soja ou de glucides.
J.W. Hartman, McMaster University, Hamilton, Canada« Le lait est bon pour tout le monde », donc aussi pour les femmes*
C'est apparemment un sujet populaire là-bas à Hamilton, au Canada, car des collègues ont examiné, à la suite de l'étude mentionnée en dernier, si la même chose valait aussi pour les femmes. Les résultats étaient comparables (13)
Ainsi, la consommation de lait après l'exercice, par rapport à des glucides isoénergétiques, a entraîné une plus grande accumulation de masse musculaire, une perte de masse grasse et des gains de force chez les femmes après 12 semaines d'entraînement contre résistance. Nos résultats sont parallèles à ceux précédemment observés chez les hommes.
A.R. Josse, McMaster University, Hamilton, Canada*Pas d'inquiétude. Je reviendrai plus tard sur le dicton erroné : « Le lait est bon pour tout le monde ».
Valeurs nutritionnelles du lait : graisses
La quantité de graisse dans le lait frais pasteurisé varie, principalement en raison des différences d'alimentation. En moyenne, il contient environ 4% de graisse, mais cela peut aussi monter jusqu'à 5%. Comme indiqué, à l'usine, la graisse est séparée du lait, puis les graisses sont réintroduites dans la quantité souhaitée :
- Lait entier : contient au minimum 3,5% de graisse, dont un peu plus de la moitié est saturée.
- Le lait demi-écrémé contient au minimum 1,5% - 1,8% de graisse, dont environ la moitié est saturée.
- Lait écrémé : contient au maximum 0,5% de graisse.
Une partie de ces graisses est composée de graisses trans, une plus petite partie d'acide linoléique conjugué (CLA).
Le lait demi-écrémé est le plus vendu. Environ 87% de tout le lait vendu est demi-écrémé, 7% est entier et 6% est écrémé.
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Une raison pour laquelle certaines personnes évitent le lait, en dehors de l'allergie et du goût, est la quantité de graisses dans le lait. Tu entends donc surtout cette raison chez les personnes qui surveillent les graisses dans leur alimentation en général, et tu l'entendras donc relativement souvent en salle de sport. C'est aussi parce qu'on pèse souvent le pour et le contre entre ajouter du lait ou justement de l'eau, par exemple, à un shake après l'entraînement. Là où d'autres boivent du Brinta avec du lait, elles remplacent le lait par de l'eau afin d'éliminer les graisses. Indépendamment du goût, il faut se demander si la quantité de graisses dans le lait doit être une raison de ne pas boire de lait.
Graisses dans le lait : le lait fait-il grossir ?
Bon rapport entre graisses et protéines, relativement peu de glucides
Tout d'abord, le lait écrémé ne contient donc pas de graisse, ou seulement une quantité infime. De plus, les quantités de graisse (et de calories issues de la graisse) dans le lait demi-écrémé ne sont pas beaucoup plus importantes, par rapport à la quantité de glucides et de protéines, que la part que la plupart des personnes voudraient (ou devraient) normalement tirer des graisses. Pour développer la masse musculaire, une bonne règle de référence est de tirer 50% de tes calories des glucides, 25% des protéines et 25% des graisses (même si le ratio 50-30-20 (glucides, protéines et graisses) est aussi souvent utilisé). La graisse fournit par gramme un peu plus de deux fois plus de calories que les glucides et les protéines, à savoir 9 kcal par gramme contre 4 kcal par gramme. Cela signifie qu'un repas idéal devrait contenir deux fois plus de protéines et quatre fois plus de glucides que de graisse. Pour le lait demi-écrémé, le rapport entre protéines et graisses est exactement bon. Pour cent grammes, il contient 1,5 gramme de graisse et 3 grammes de protéines. Selon cette règle, les glucides du lait sont un peu « du côté bas », avec 4,6 grammes pour 100 grammes, là où 6 grammes auraient été « idéaux ». Les glucides sont toutefois beaucoup plus faciles à ajouter à un régime alimentaire que les protéines et les bonnes graisses. Dans mon régime personnel de prise de masse musculaire, le lait est donc presque indispensable pour obtenir, en plus des glucides, les bonnes quantités de protéines et de graisses.
Le lait ne fait pas augmenter ton poids plus que les calories ne le laisseraient penser
Il est maintenant possible que certains aliments stimulent ou au contraire ralentissent le métabolisme, ce qui, dans ce dernier cas, te ferait prendre du poids plus vite que la quantité de calories ne le laisserait penser. Je n'ai trouvé qu'une seule étude indiquant que boire du lait ferait grossir (14). Dans cette étude américaine, plus de 16 000 enfants âgés de 9 à 14 ans ont été invités pendant trois ans à fournir des informations sur leur alimentation. Il en est ressorti que les enfants qui buvaient plus de lait prenaient davantage de poids. L'augmentation de poids était toutefois conforme à la quantité de calories supplémentaires que les enfants recevaient par le lait.
Les enfants qui buvaient le plus de lait prenaient plus de poids, mais les calories ajoutées semblaient en être responsables.
C. Berkey, Harvard School of Public Health
Le lait ne ferait donc grossir que si sa consommation te fait absorber au total, chaque jour, plus de calories que tu n'en dépenses.
Maigrir grâce au lait ?
Comme indiqué, certains aliments peuvent accélérer le métabolisme. On soupçonne ainsi le calcium contenu dans le lait de pouvoir justement favoriser la perte de poids. Plusieurs études ont été réalisées à ce sujet (16-25) et les avis sont partagés. Certains estiment avoir démontré que l'on prend effectivement moins de poids, voire que l'on maigrit, grâce aux produits laitiers (16-23), tandis que d'autres ont comparé de nombreuses études et ne voient cela confirmé que dans une petite minorité des cas (24), ou concluent à la nécessité de poursuivre les recherches (25).
Le chercheur Zemel, de la University of Tennessee, a mené plusieurs études sur le rôle des produits laitiers dans la graisse corporelle (15). Il s'est surtout intéressé à l'influence du calcium et a étudié ses effets chez des humains et des souris présentant une anomalie spécifique conduisant au surpoids. Contrairement à la grande étude américaine, il a aussi examiné les différences à apport calorique égal, de sorte qu'il soit clair que la prise ou la perte de poids est indépendante de la quantité de calories. Il en est arrivé à la conclusion que le calcium a un effet inhibiteur sur la lipogenèse (la formation de graisse corporelle), un effet stimulant sur la lipolyse (la combustion des graisses) et sur la thermogenèse. Cette dernière correspond à la chaleur générée par la consommation d'aliments, autrement dit l'énergie nécessaire pour traiter le repas. Plus cela coûte d'énergie, moins tu prends de poids avec le repas consommé.
Lorsque l'apport alimentaire diminue, le corps réagit en traitant les aliments plus efficacement. La thermogenèse diminue alors, ce qui est utile si tu t'es échoué sur une île déserte et que tu n'as pas assez à manger, mais indésirable lorsque tu manges volontairement moins pour maigrir. La thermogenèse ne diminuerait pas lorsque l'on mange moins si l'apport en calcium est suffisant. Il a aussi étudié le rôle du calcitriol dans ce processus. Le calcitriol est la forme hormonale active de la vitamine D. En cas de niveaux de calcium (trop) bas dans le sang, le calcitriol fait en sorte que du calcium supplémentaire soit prélevé dans l'estomac et éventuellement dans les os. Cela entraîne aussi davantage de calcium dans les cellules graisseuses (adipocytes). Zemel affirme qu'une plus grande quantité de calcium dans les cellules graisseuses limite la formation de nouvelles cellules graisseuses à partir de ce que l'on appelle des préadipocytes, d'autres cellules (fibroblastes) qui peuvent se transformer en cellules graisseuses (15-25). Le calcium des produits laitiers a un effet encore plus fort que le calcium sous forme de supplément, probablement grâce aux autres composants du lait qui renforcent cet effet.
Les régimes riches en calcium atténuent l'accumulation lipidique dans les adipocytes et la prise de poids lors de la surconsommation d'un régime dense en énergie, et augmentent la lipolyse tout en préservant la thermogenèse pendant la restriction calorique, accélérant ainsi nettement la perte de poids....
Les sources laitières de calcium exercent des effets nettement plus importants pour atténuer la prise de poids et de graisse et accélérer la perte de graisse....
Les sources laitières de calcium exercent des effets nettement plus importants pour atténuer la prise de poids et de graisse et accélérer la perte de graisse.
....qui démontrent qu'une augmentation du calcium alimentaire entraîne des réductions significatives de la masse de tissu adipeux chez les humains obèses en l'absence de restriction calorique et accélère nettement la perte de poids et de graisse corporelle secondaire à la restriction calorique, tandis que les produits laitiers exercent des effets significativement plus importants. Ces données indiquent un rôle important des produits laitiers dans la prévention et le traitement de l'obésité
M.B. Zemel, University of Tennessee
Davantage de recherches nécessaires sur le lait
Peut-on donc affirmer que l'on maigrit grâce au lait ? Pas directement. Premièrement, parce qu'il apparaît que Zemel est payé par l'industrie laitière et n'est peut-être pas entièrement objectif (26). De plus, d'autres chercheurs arrivent à une autre conclusion. Des chercheurs de la University of British Columbia, au Canada, ont par exemple comparé les résultats de neuf études sur l'influence des produits laitiers sur le poids et la composition corporelle (23). Sept d'entre elles n'ont montré aucune différence significative, tandis que deux études menées chez des adultes plus âgés ont au contraire montré une augmentation significative du poids corporel. Cependant, même à partir de ces études, il était difficile de tirer une conclusion sur l'effet des produits laitiers sur le poids, car on ne sait pas dans quelle mesure l'apport total en calories a été augmenté par les produits laitiers.
Ils se sont ensuite penchés sur les effets de la supplémentation en calcium. Cela permettrait en effet d'étudier les effets du calcium, tels que décrits aussi par Zemel, indépendamment des autres composants du lait qui apportent les calories supplémentaires. Sur les dix-sept études qu'ils ont comparées, une seule a montré une perte de poids due au calcium. Dans toutes les autres études, les changements de poids et de masse grasse dans le groupe de personnes prenant du calcium se sont révélés identiques à ceux du groupe témoin. Les chercheurs soulignent que les études qu'ils ont comparées n'ont pas été spécifiquement conçues pour examiner l'influence sur le poids et la composition corporelle, et que de telles études sont nécessaires pour pouvoir trancher. Sur la base de leurs résultats actuels, ils doivent toutefois conclure qu'il n'existe aucun indice montrant que les produits laitiers font perdre du poids.
En conclusion, les données disponibles issues d'essais randomisés sur les produits laitiers ou la supplémentation en calcium soutiennent peu l'idée d'un effet sur la réduction du poids corporel ou de la masse grasse. Toutefois, les études examinées n'étaient pas spécifiquement conçues ni dimensionnées pour répondre à cette question ; de telles études sont nécessaires.
S.I. Barr, University of British Columbia
On ne peut donc pas affirmer que le lait fait maigrir plus vite, pas plus qu'il n'est suffisamment démontré que ce n'est pas le cas.
Valeurs nutritionnelles du lait : glucides, lactose
Comme de nombreux types d'aliments fournissent de l'énergie à partir des protéines, des graisses et des glucides, c'est aussi le cas du lait. Les glucides sont une source importante d'énergie rapidement disponible, mais ils ne peuvent être stockés qu'en quantité limitée. Ils sont formés d'hydrogène, de carbone et d'oxygène et tirent donc leur nom du carbone et du terme grec pour l'eau (hydros). Autrement dit, ce sont des hydrates (liaison forte avec l'eau) de carbone.
Là où les plantes stockent les glucides (sucres) sous forme d'amidon, et où l'être humain et l'animal stockent les glucides sous forme de glycogène, le lait le fait sous forme de lactose (C12H22O11).
Lactose = Galactose + Glucose
Les glucides peuvent être composés de divers saccharides, autrement dit de sucres. Il existe ainsi des glucides constitués d'un seul (type de) saccharide (monosaccharides), de deux saccharides (disaccharides), de quelques saccharides (oligosaccharides) et de plusieurs saccharides (polysaccharides). Une forme importante de glucide est le monosaccharide glucose (forme naturelle = sucre de raisin/dextrose), car c'est la forme la plus courante que le corps transforme en glycogène et que les plantes transforment en amidon. D'autres formes pouvant être absorbées directement par le sang sont le fructose (« sucre de fruit ») et le galactose, tous deux des monosaccharides.
Le lactose est un disaccharide, composé de deux types de (mono)saccharides : le galactose et le glucose (39). Cette différence par rapport aux autres types de glucides est importante dans le cadre des allergies au lactose, sur lesquelles je reviendrai plus loin dans cet article.
Si tu veux savoir ce que le lait fait pour ta croissance musculaire ou ta graisse corporelle, tu peux notamment examiner deux éléments : la quantité totale de glucides, et donc de calories, qu'il contient, ainsi que la manière dont ce type de glucide, le lactose, est absorbé par le corps et la vitesse à laquelle cela se produit.
Quantité de calories dans le lait provenant des glucides (lactose)
En ce qui concerne la quantité totale de calories dans le lait provenant des glucides, tu peux en partie te reporter aux explications données à propos des graisses. Le lait contient donc environ 4,6 grammes de glucides pour 100 grammes (demi-écrémé 4,6, entier 4,5 et écrémé 4,9). C'est relativement peu par rapport à la quantité de protéines et de graisses. En ce sens, le lait n'est pas une source idéale de glucides, car ceux-ci ne sont pas présents dans le rapport (supposé) idéal avec les protéines et les graisses. Comme pour tous les nutriments, il faut simplement regarder comment la quantité de lait que tu bois, et donc les nutriments que tu ingères, s'intègrent dans le reste de ton alimentation.
Vitesse d'absorption des glucides du lait (lactose)
La vitesse à laquelle les glucides sont absorbés est importante pour savoir quand les consommer. Si tu as besoin d'énergie juste avant un entraînement, il te faut des glucides « rapides » qui peuvent déjà te fournir de l'énergie pendant l'entraînement, et pas seulement lorsque tu as terminé. Si tu prends un repas destiné à tenir jusqu'au repas suivant, il est au contraire préférable de manger des « glucides lents ».
La vitesse des glucides est souvent exprimée par l'indice glycémique (IG). Cet IG indique à quelle vitesse un type de glucide fait augmenter la glycémie par rapport au glucose (fixé à 100 % comme référence). Même si ces valeurs ne sont jamais totalement exactes en raison de différences de mesure et d'interprétation, ainsi que des propriétés des aliments (à quel point les pâtes sont-elles cuites, à quel point le fruit est-il mûr ?), elles donnent une bonne indication de la rapidité avec laquelle certains glucides fourniront de l'énergie et pendant combien de temps. Avec un IG de 45, le lactose est un type de glucide lent, comparable aux spaghettis. Il n'est donc pas pratique de boire du lait juste avant l'entraînement, car pendant ta séance cela ne provoquera pas encore de hausse de ta glycémie. Il vaut mieux le faire une heure avant l'entraînement.
Le lait et son influence sur les niveaux d'IGF-1
L'explication sur le lactose ferait bien sûr une belle transition vers l'explication de l'intolérance et de l'allergie au lactose, mais je veux rester encore un instant sur les effets positifs du lait sur la composition corporelle. L'un d'eux est l'effet du lait sur les niveaux d'IGF-1. L'IGF-1, ou facteur de croissance analogue à l'insuline, est un métabolite (dérivé) de la HGH, l'hormone de croissance humaine. Comme la HGH, c'est un facteur de croissance qui fait ce que son nom indique : il favorise la croissance des cellules (de la plupart des cellules, donc pas seulement des cellules musculaires). Surtout avant et pendant la puberté, il a une grande influence sur la croissance. Le syndrome de Laron, une forme de nanisme, est par exemple causé par un défaut des récepteurs IGF auxquels l'IGF-1 doit se lier. L'IGF-1 ne peut alors pas faire son travail, ce qui conduit à une très petite stature. On observe l'inverse lors de l'abus d'IGF-1. En tant que dopage, l'IGF-1 et la HGH sont parfois utilisés en quantités si importantes que cela entraîne non seulement davantage de masse musculaire, mais aussi la croissance des organes. Inutile de préciser que c'est dangereux, mais c'est aussi peu esthétique. Cela conduit par exemple aux fameux « roid guts » chez les bodybuilders professionnels : des ventres qui, bien qu'exempts de graisse sous-cutanée et dotés d'abdominaux visibles, ressortent malgré tout (voir les exemples dans la vidéo).
httpv://www.youtube.com/watch?v=qS50wDyUTwI
Ce sont toutefois des exemples de quantités extrêmement importantes, administrées directement. C'est très différent de la consommation d'aliments qui augmentent naturellement les propres niveaux d'IGF-1. Comme le fait le lait, par exemple (29). De plus, des niveaux (naturellement) élevés d'IGF-1 offrent, en plus de l'avantage d'une croissance musculaire supplémentaire, possiblement par hyperplasie (division cellulaire au lieu d'une croissance cellulaire comme dans l'hypertrophie), celui d'une combustion accrue des graisses (27,28).
Lait vs. cola ?
Des chercheurs danois ont observé que l'ajout au régime alimentaire de garçons de 8 ans de 58 grammes de protéines par jour sous forme de lait entraînait une augmentation des niveaux d'IGF-1, tandis qu'une augmentation équivalente de protéines provenant de la viande n'avait pas cet effet (29,31-34).
Le lait semble contenir certains facteurs de croissance qui stimulent l'IGF. Nous avons observé une augmentation des concentrations d'IGF-I et de la protéine de liaison à l'IGF 3 (IGFBP-3), ainsi que du rapport molaire IGF-I:IGFBP-3 chez des garçons prépubères après une intervention d'une semaine avec du lait, et non avec de la viande.
C. Hoppe, University of Copenhagen
Plus tard, les mêmes chercheurs ont comparé les effets du cola sur l'IGF-1 à ceux du lait (30). Leur point de départ était : « On boit énormément de sodas chez les jeunes occidentaux ; que se passerait-il si on les remplaçait par du lait ? ». Ils avaient en effet déjà montré que le lait peut augmenter l'IGF-1 et se demandaient si un manque de lait (parce qu'il a été remplacé par des sodas) était la cause de niveaux d'IGF-1 plus faibles. En outre, l'étude précédente avait été menée auprès d'enfants de 8 ans. Comme on sait que l'effet de l'IGF-1 est particulièrement important chez les jeunes, ils voulaient cette fois examiner l'effet chez les adultes.
Ils ont d'abord fait boire aux sujets 2,5 litres de lait par jour pendant dix jours, puis 2,5 litres de cola par jour pendant dix jours, avec entre les deux dix jours de « washout » afin que les effets des dix premiers jours n'influencent pas la deuxième période de dix jours. Un autre groupe a fait la même chose dans l'ordre inverse. Le remplacement du cola par le lait s'est effectivement révélé augmenter les niveaux d'IGF-1 :
La présente étude démontre qu'une consommation élevée de cola sur une période de 10 jours diminue l'IGF-I total par rapport à une consommation élevée de lait, sans effet sur le métabolisme glucose-insuline chez les hommes adultes.
C. Hoppe, University of Copenhagen
L'effet positif du lait sur l'IGF-1 avait déjà été démontré auparavant dans quatre études (31-34).
En dehors des effets favorables de l'IGF-1, des niveaux élevés peuvent aussi entraîner un risque accru de certaines formes de cancer et de diabète, mais j'en parlerai davantage dans la partie II.
Intolérance au lactose vs. allergie au lactose vs. galactosémie
Le lait n'est pas bon pour tout le monde. Quels que soient ses avantages, ils ne te servent pas à grand-chose si ton corps ne supporte pas une gorgée de lait.
Intolérance au lactose : Comme indiqué, le lactose (un disaccharide) est un glucide composé de glucose et de galactose (des monosaccharides). Dans le corps, une enzyme appelée lactase fait en sorte que le lactose soit décomposé en glucose et en galactose afin de pouvoir être ensuite traité (35). Les personnes intolérantes au lactose n'ont pas suffisamment de cette enzyme, ce qui empêche une bonne dégradation du lactose. Les mammifères (et donc aussi les humains) produisent de moins en moins de cette enzyme en vieillissant, ce qui fait que l'intolérance au lactose peut aussi apparaître à un âge plus avancé (35,36). Des différences encore plus importantes que celles causées par l'âge s'observent entre les différentes origines ethniques. Les personnes d'origine africaine et asiatique souffrent beaucoup plus souvent d'intolérance au lactose que les Européens (à cet égard, j'ai apparemment heureusement davantage hérité de ma mère néerlandaise que de mon père nigérian). Alors qu'en Europe ce taux est d'environ 5 %, il peut dépasser 90 % en Afrique et en Asie (37).
L'intolérance au lactose peut surtout provoquer des troubles intestinaux et des nausées, des douleurs abdominales, des flatulences, de la diarrhée et des crampes, parce qu'elle perturbe la digestion (38). Ces symptômes peuvent être évités en :
- ne consommant pas plus de lactose que ta limite de tolérance. Chez la plupart des adultes, celle-ci est supérieure à 3 grammes par jour (39), tandis que certains peuvent consommer jusqu'à 10 grammes par jour sans symptômes (comparable à un petit verre de lait).
- augmentant la quantité d'enzyme lactase afin que le lactose puisse bien être décomposé en plus grandes quantités. Tu peux le faire en prenant des enzymes lactase avant un repas contenant du lactose, ou en achetant des produits « sans lactose » auxquels cette enzyme a déjà été ajoutée. Dans le cas du « lait sans lactose », cela se fait environ 24 heures avant le traitement thermique du lait (39). Ainsi, dans le lait, le lactose est décomposé en glucose et en galactose, alors que normalement cela ne se produit que dans le corps. Séparément, ceux-ci peuvent en revanche être bien traités par les personnes intolérantes au lactose. Le galactose et le glucose sont chacun plus sucrés que le lactose. Le lait sans lactose a donc aussi un goût plus sucré.
Intolérance au lactose et compléments
Pour savoir si, en tant que personne intolérante au lactose, tu risques d'avoir des symptômes avec des compléments, tu dois soit vérifier combien de glucides issus du lactose ils contiennent, soit éviter complètement les compléments contenant du lactose. La plupart des compléments protéinés sont fabriqués à base de lait, de whey et de caséine. Selon le degré de filtration, ils contiennent beaucoup ou peu de glucides, en l'occurrence du lactose :
- whey (non filtrée) : environ 14 grammes pour 100 grammes
- concentré de whey (filtré) : 7 à 8 grammes pour 100 grammes)
- isolat de whey (encore davantage filtré) : environ 2 grammes pour 100 grammes)
Pour quelqu'un qui ne veut/ne peut pas consommer plus de 3 grammes de lactose, ces différences sont très importantes. Si l'on part de 30 à 35 grammes de protéines, ce qui est une quantité assez courante pour un shake, une personne pourrait prendre 3 shakes avec de l'isolat de whey sans avoir de symptômes. Le même shake, mais cette fois avec du concentré ou de la whey non filtrée, provoquerait immédiatement des symptômes.
Pour les compléments protéinés, on peut considérer que tous les glucides proviennent du lactose, et on peut donc encore calculer combien on peut en consommer. Pour les autres compléments, c'est toujours plus difficile, car il est alors difficile de déterminer si les glucides proviennent du lactose, et dans quelle proportion. Dans la plupart des compléments contenant des protéines, il faut tenir compte du lactose. Il existe des exceptions lorsque les protéines sont par exemple extraites du soja ou du riz, même si le soja (qui n'est pas du lait, mais un jus) contient d'autres glucides pouvant parfois provoquer la même réaction chez les personnes intolérantes au lactose.
Test d'élimination-provocation : « À quel point suis-je intolérant au lactose ? »
On voit qu'il peut être important de savoir à quel point on est intolérant au lactose. Si tu peux tolérer 10 grammes, tu peux encore utiliser une quantité assez importante de protéines (en poudre) avant d'en ressentir les effets. Mais comment savoir si, ou à quel point, tu es (in)tolérant au lactose ?
Pour déterminer si tu es intolérant au lactose, il existe différents tests comme le test d'intolérance au lactose, le test respiratoire à l'hydrogène et le test d'acidité des selles (40,41). Ce sont tous des tests que tu peux faire réaliser à l'hôpital ou par un médecin généraliste. Il existe toutefois aussi un test que tu peux effectuer toi-même et avec lequel tu peux également tester dans quelle mesure tu es intolérant au lactose. Le fameux test d'élimination-provocation consiste en effet à exclure d'abord tout le lactose de ton alimentation (élimination) pour voir si les symptômes que tu avais disparaissent. Ensuite, après une période sans symptômes (s'ils ont effectivement disparu), tu réintroduis le lactose (provocation) pour voir si les symptômes reviennent. Si c'est le cas, tu sais que tu es intolérant au lactose. Si les symptômes n'ont pas disparu pendant l'élimination ou ne reviennent pas pendant la phase de provocation, il y avait très probablement une autre cause à tes symptômes.
Tu peux aussi utiliser ce test pour mesurer à quel point tu es (in)tolérant au lactose en le répétant, mais cette fois en augmentant progressivement, pendant la phase de provocation, la quantité quotidienne de lactose chaque semaine. Commence par exemple à 2 grammes par jour et regarde à quelle quantité les symptômes reviennent.
Tu peux bien sûr choisir la prudence et éviter tout lactose, mais il est alors judicieux de chercher d'autres sources de calcium (42). Le lait est une source importante de calcium, et un manque de calcium peut à son tour entraîner d'autres problèmes (42).
« Ne pas être trop intolérant envers la tolérance au lactose »
Certains chercheurs avertissent qu’il ne faut pas diagnostiquer à tort une intolérance au lactose chez des personnes dont les symptômes évocateurs sont en réalité causés par autre chose. Selon eux, le nombre de personnes présentant une intolérance au lactose est donc largement exagéré (39).
Les données scientifiques indiquent que la prévalence de l’intolérance au lactose est fortement surestimée. D’autres facteurs physiologiques et psychologiques peuvent contribuer à des symptômes gastro-intestinaux qui imitent l’intolérance au lactose. Les données scientifiques indiquent également que les personnes présentant en laboratoire de faibles niveaux confirmés de l’enzyme lactase peuvent consommer 1 portion de lait avec un repas ou 2 portions de lait par jour, réparties entre le petit-déjeuner et le dîner, sans ressentir de symptômes.
McBean, consultant en nutrition à Ann Arbor, Michigan, États-Unis
De nombreuses personnes qui se disent intolérantes au lactose ne le sont en réalité pas du tout (43-46). De nombreuses personnes dont les résultats de laboratoire indiquent une intolérance au lactose peuvent simplement boire/manger la quantité quotidienne recommandée de lait ou d’autres produits laitiers sans souffrir de troubles gastro-intestinaux (44,46,47). Non seulement la présence d’une intolérance au lactose ne conduit pas nécessairement à des symptômes, mais inversement les symptômes connus n’indiquent pas forcément une intolérance au lactose (46,36, 38, 42). De plus, manger et boire des produits laitiers peut aussi augmenter la tolérance au lactose lorsque la quantité de produits laitiers est augmentée progressivement. Dans une étude, cette augmentation progressive de la consommation de produits laitiers a fait passer la tolérance au lactose, en seulement dix jours, de 42 grammes par jour à 70 grammes par jour (49). C’est presque un doublement en une semaine et demie ! On ne sait pas clairement comment cette tolérance augmente ainsi. Une théorie est que ce n’est pas la quantité d’enzyme lactase qui augmente, mais que les bactéries intestinales parviennent à traiter le lactose plus efficacement (49).
Le lait est donc parfois diabolisé à tort (50). Cela peut entraîner d’autres carences nutritionnelles, notamment un manque de calcium (39,51). Aux États-Unis, les produits laitiers fournissent 73 % du calcium ingéré par la population (51). Dans notre pays laitier, ce chiffre ne sera probablement pas beaucoup plus faible, peut-être même plus élevé. Une carence en calcium peut notamment entraîner une décalcification osseuse, une hypertension artérielle et peut-être certaines formes de cancer (52,53).
C’est l’une des raisons pour lesquelles le test d’élimination-provocation devrait, selon moi, être privilégié, parce qu’il vérifie simplement en pratique si, et à quelle quantité, tu ressens des symptômes en buvant du lait. Diverses études montrent l’importance de déterminer personnellement ta tolérance en regardant à partir de quelle quantité de lactose tu ressens des symptômes (40,43, 44,46,36,42).
La tolérance au lactose est plus élevée lorsque le lait est consommé avec un repas
Il est évident que plus tu consommes de lactose, plus tu ressens de symptômes si tu y es intolérant (47,38,54). La recherche montre toutefois que le moment auquel tu consommes le lactose compte aussi. Il apparaît ainsi que le lactose est mieux traité lorsqu’il est consommé avec un repas que lorsqu’il s’écoule longtemps entre le fait de boire, par exemple, du lait et celui de manger un repas (44,46,47,38,42,55). Dans une étude, on a ainsi observé que, lorsque le lait était bu à jeun après 12 heures de jeûne, le groupe témoin pouvait tolérer 6 grammes de lactose sans symptômes, alors que les symptômes n’apparaissaient qu’au-delà de 12 grammes lorsque le lait était bu avec un repas (47).
Le type de produit laitier peut faire une différence pour la tolérance
Il s’est également avéré que le type de produit laitier fait une différence dans l’apparition des symptômes. Ainsi, le lait entier semble provoquer moins de symptômes que le lait demi-écrémé et le lait écrémé, une différence qui n’est pas causée par la différence de quantité de lactose (56,57). Il apparaît aussi que le lait chocolaté provoque moins de symptômes que le lait ordinaire (56,58). On ignore comment le cacao permet de mieux tolérer le lactose.
Dites « cheese » au fromage
Le fromage en général contient beaucoup moins de lactose, jusqu’à 1000 fois moins (39). En raison de cette quantité négligeable, la consommation de la plupart des types de fromages ne provoque donc pas de symptômes chez les personnes intolérantes au lactose (36,50,59).
Galactosémie
Environ une personne sur trente mille (aux Pays-Bas) n’a pas de problème pour décomposer le lactose en glucose et galactose, mais bien pour traiter ensuite le galactose formé. Lorsque le lactose a été scindé en glucose et galactose, le galactose doit ensuite encore être transformé en glucose pour pouvoir être utilisé comme carburant. Cela se fait normalement grâce à une autre enzyme, appelée galactose-1-phosphate uridyltransférase. La galactosémie est une maladie rare et héréditaire dans laquelle, en raison d’un déficit ou de l’absence totale de cette enzyme, la conversion ne se fait pas, ce qui peut entraîner une accumulation de galactose qui devient alors toxique (60). Cela peut provoquer des lésions aux reins, au cerveau, au foie et aux intestins.
En cas de galactosémie, les produits laitiers doivent donc être évités toute la vie. Il faut donc aussi bien surveiller les symptômes/plaintes liés à une carence, par exemple en calcium.
Allergie au lait de vache, allergie aux protéines du lait de vache
Le nom allergie au lait de vache ne doit pas être confondu avec l’intolérance au lactose ou une allergie au lactose, car dans l’allergie au lait de vache il s’agit de ne pas tolérer les protéines du lait plutôt que le lactose (61). L’allergie aux protéines du lait de vache est donc une appellation plus claire. Même si les allergies aux protéines en général n’existent pas (heureusement), plusieurs allergies sont possibles à des sources spécifiques de protéines, comme les protéines du soja, des céréales (« gluten ») et donc aussi du lait. Dans la plupart des cas, pour le lait, c’est la protéine alpha S1-caséine qui ne peut pas être correctement traitée (62). Environ 1 personne sur 10 est allergique à ce type de protéine (62). Plus d’informations sur cette protéine, qui pourrait être un responsable encore plus important à d’autres égards, suivront dans la partie II.
L’allergie au lait de vache est l’allergie alimentaire la plus fréquente chez les bébés. Elle survient surtout à cet âge parce que le système gastro-intestinal n’est pas encore complètement développé. Dans la plupart des cas, l’allergie a disparu avant l’âge de quatre à cinq ans (63). Chez les adultes, le pourcentage de personnes présentant une allergie aux protéines du lait de vache se situe entre 0,1 % et 0,5 % (64).
Là encore, ce sont des enzymes qui doivent décomposer la protéine, mais qui n’y parviennent pas toujours. Des protéines complètes arrivent ainsi dans les intestins. Chez les personnes allergiques aux protéines du lait de vache, l’organisme réagit à ces protéines complètes en fabriquant des anticorps qui entraînent une réaction allergique (61). Cela peut provoquer des symptômes tels que crampes intestinales, eczéma, problèmes respiratoires, symptômes nasaux, vomissements, diarrhée, constipation, maux de tête et, dans les cas graves, un choc anaphylactique. Des symptômes très variés, donc, ce qui peut rendre difficile le diagnostic d’une allergie aux protéines du lait de vache.
Acné due au lait et aux compléments
Les glucides/le lactose et surtout la protéine de caséine peuvent donc entraîner des réactions allergiques. Malheureusement, cela vaut aussi pour la whey, qui peut provoquer des symptômes. Il arrive en effet régulièrement que l’acné soit causée par la whey.
Le lien entre produits laitiers et acné a souvent été établi. À Harvard, on a tenté de démontrer ce lien (65). Les chercheurs ont étudié 4 273 garçons qui faisaient déjà partie d’une étude de cohorte dite prospective, dans laquelle un certain groupe (à risque) est suivi pendant une période prolongée. Ils ont comparé l’alimentation aux cas d’acné afin d’y trouver un lien, par exemple en comparant des garçons qui consommaient beaucoup de produits laitiers (plus de deux fois par jour) avec des garçons qui en consommaient très peu (moins d’une fois par semaine).
Ils ont trouvé un lien positif clair entre la consommation de lait et l’acné.
Nous avons trouvé une association positive entre la consommation de lait écrémé et l’acné. Cette observation suggère que le lait écrémé contient des constituants hormonaux, ou des facteurs qui influencent les hormones endogènes, en quantités suffisantes pour avoir des effets biologiques chez les consommateurs.
Adebamowo CA, Harvard School of Public Health, Boston, Massachusetts
Pour confirmer leurs conclusions, les mêmes chercheurs ont mené une étude comparable chez des filles (66). Ils ont cette fois utilisé les données de l’étude de cohorte prospective de filles, au total 6 094 âgées de 9 à 15 ans. Selon la même méthode que chez les garçons, ils ont de nouveau trouvé un lien positif entre le lait et l’acné.
Nous avons trouvé une association positive entre la consommation de lait et l’acné. Cette observation confirme des études antérieures et suggère que les effets métaboliques du lait suffisent à déclencher des réponses biologiques chez les consommateurs.
Adebamowo CA, Harvard School of Public Health, Boston, Massachusetts
Dans une troisième étude plus vaste, menée auprès de 47 355 jeunes femmes et portant sur différents types de produits laitiers, leurs conclusions ont également été confirmées (67). Ils ne savaient toutefois pas quel composant du lait était responsable de l’acné. Il semble cependant que le « coupable » dans le lait devienne plus clair.
Au St. Luke's-Roosevelt Hospital Center de New York, une « étude de cas » a en effet été réalisée, dont les résultats ont été publiés l’année dernière (68). Il y avait cinq garçons de 14 à 18 ans qui ont développé de l’acné peu après avoir utilisé des compléments de whey (au total six marques différentes) pour augmenter leur force musculaire et leur poids dans le cadre de la pratique du football américain. Ils ont tous mal réagi aux traitements existants contre l’acné, comme le peroxyde de benzoyle et les antibiotiques oraux. Les traitements ont bien fonctionné et l’acné a entièrement disparu chez quatre d’entre eux lorsqu’ils ont arrêté le complément de whey, mais chez l’un d’eux elle est immédiatement revenue lorsque la whey a été reprise. Sur cette base, la chercheuse soupçonne que c’est la whey présente dans les produits laitiers qui provoque l’acné.
La protéine whey pourrait être la fraction des produits laitiers qui favorise la formation d’acné. Des études plus vastes sont nécessaires pour déterminer le mécanisme de comédogenèse.
N.B. Silverberg, St. Luke's-Roosevelt Hospital Center, New York
Un rapport de cas comparable est paru peu après à Bruxelles (69). Thierry Simonart, dermatologue, a rapporté en septembre de l’année dernière le cas de cinq bodybuilders (19-35 ans) qui ont développé de l’acné après l’utilisation de compléments de whey. Aucun d’entre eux n’aurait utilisé d’anabolisants et tous ont indiqué avoir une alimentation saine. Après six semaines d’arrêt et l’utilisation de traitements habituels comme le peroxyde de benzoyle et des crèmes à la vitamine A, les signes d’acné avaient complètement disparu.
En conclusion, ces données suggèrent que la supplémentation en protéine whey peut induire ou aggraver l’acné.
T. Simonart, cabinet privé, Bruxelles
Des chercheurs allemands se sont surtout penchés sur les processus par lesquels la whey peut provoquer l’acné et ont principalement vu l’influence de la whey sur l’insuline comme cause de l’acné et d’effets secondaires plus graves (plus d’informations sur le lait et l’insuline et leurs dangers possibles dans la partie II)(70).
L’élimination des mécanismes insulinotropes du lait basés sur la protéine whey sera le défi futur le plus important pour la recherche en nutrition. La restriction de la consommation de lait ou la génération d’un lait moins insulinotrope auront toutes deux un impact énorme sur la prévention des maladies occidentales épidémiques telles que l’obésité, le diabète sucré, le cancer, les maladies neurodégénératives et l’acné.
B.C. Melnik, University of Osnabrück
Si tu souffres beaucoup d’acné et que tu utilises de la whey, tu pourrais donc envisager de laisser la whey de côté pendant un certain temps (environ six semaines) et, par exemple, de la remplacer par du soja afin de continuer à consommer rapidement des protéines si tu le souhaites. Tu pourras ensuite évaluer si cela a fait une différence ou non. La whey présente dans le lait peut donc aussi entraîner des symptômes, même si cela sera beaucoup moins important que pour les compléments de whey, car un shake moyen de whey contient plus de 50 fois plus de whey qu’un verre de lait (30 grammes contre 0,6 gramme sur la base de 300 ml de lait).
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Autres sources
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