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Étude : « Se peser tous les jours fait maigrir »

| · 6 min de lecture

Les étudiants qui se pèsent tous les jours pendant une période prennent moins de poids que les autres étudiants, voire en perdent. Pourtant, je ne conseillerais pas directement de monter chaque jour sur la balance si tu veux perdre du poids.

Se peser tous les jours = mesurer = savoir

Je ne serais pas surpris qu’on ait déjà écrit de magnifiques textes en prose et en poésie sur la relation amour-haine avec la balance, cet instrument de mesure du diable.

Sur le fond, on peut discuter longtemps de l’utilité de se peser tous les jours pour mesurer son poids corporel, et pour qui cela a du sens. Le poids doit-il déterminer ton objectif final ou utilises-tu d’autres repères, comme le taux de graisse, le tour de taille, la force, la vitalité ou le bonheur ? Le titre de cet article ne plaira donc pas à tout le monde. Même si tu vois des bénéfices à la balance, se peser tous les jours semblera vite excessif et peu efficace. Il est donc utile de poser immédiatement les nuances autour de l’étude qui produit une telle affirmation.

Des chercheurs de Drexel University et de l’University of Pennsylvania ont découvert que les étudiantes qui, pendant l’étude de 2 ans, se sont pesées tous les jours « pendant une période », ont réduit leur IMC. Cela ne s’est pas produit chez les étudiantes qui ne s’étaient pas pesées quotidiennement pendant une période quelconque de ces deux années. Cela soulève immédiatement beaucoup de questions : « Combien de temps durait cette période ? », « les autres étudiantes utilisées pour la comparaison se sont-elles pesées, par exemple chaque semaine, pendant une période ? » Surtout parce que l’on veut savoir si le résultat a été obtenu parce qu’elles se sont pesées pendant une période, et dans quelle mesure la mesure quotidienne a précisément eu une influence.

294 femmes ont participé à l’étude. Au début, après 6 mois et après 2 ans, leur poids et leur taux de graisse ont été mesurés. Les femmes ont aussi rempli des questionnaires sur leurs « habitudes de pesée ». Les chercheurs renvoient à des études antérieures montrant que se peser soi-même peut prévenir une prise de poids chez les personnes en surpoids ayant déjà maigri. La pesée comme prévention de l’effet yo-yo, donc. Les chercheurs de Drexel et de Pennsylvania voulaient savoir si le fait de se peser pouvait aussi entraîner une perte de poids chez des femmes qui ne participaient pas à un programme d’amaigrissement.

Petits kilos universitaires

Ils s’intéressaient surtout aux étudiants, car statistiquement ceux-ci prennent relativement beaucoup de poids. Selon une étude de 2009, 70 % des étudiants américains prennent du poids pendant leur première année [2]. La prise de poids de ces étudiants de première année est de quatre à huit livres, soit près de six fois celle de la population moyenne. Tu connais le tableau : passer des repas de maman à la pizza, la bière et les plats surgelés.

À leur surprise, les femmes qui s’étaient pesées pendant au moins une période ne prenaient en moyenne pas de poids, mais en perdaient. Les différences d’IMC après 2 ans étaient faibles, mais statistiquement significatives par rapport aux femmes qui n’étaient pas montées sur la balance tous les jours. Ce dernier groupe montrait d’ailleurs peu de différence d’IMC après deux ans, donc ces « petits kilos universitaires » semblaient assez limités dans cette étude.

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Les pertes d’IMC et de pourcentage de graisse corporelle étaient modestes, mais tout de même significatives, surtout si l’on garde à l’esprit que ces femmes ne faisaient pas partie d’un programme de perte de poids. Nous ne nous attendions pas à ce que, sans intervention de perte de poids, les participantes maigrissent.

Diane Rosenbaum, University of Pennsylvania.

Il est aussi apparu que les femmes qui se pesaient tous les jours (quelque part pendant ces deux ans, durant une période) avaient au départ un IMC et un taux de graisse plus élevés que les autres participantes. Une étude de 2015 aurait justement montré que les personnes avec un poids plus élevé sont moins enclines à se peser. Les chercheurs tiennent compte, dans ces résultats, de la possibilité que les personnes en surpoids évitent consciemment la balance. Dans cette étude-là, les participants étaient des adultes.

Ici, l’étude portait spécifiquement sur des étudiants et, si je me permets de théoriser joyeusement, je peux imaginer qu’il s’agit d’une population assez particulière en termes de motivation. Pour certains, le passage du lycée à l’université est justement l’occasion d’un nouveau départ. Le surpoids semble être la raison la plus fréquente de harcèlement au lycée. L’université est tout de même une période de transformation personnelle, et je peux très bien imaginer que tu sois plus motivé à te peser quand tu commences comme freshman avec un passé de surpoids et peut-être de fat shaming derrière toi, que l’étudiant moyen qui devra peut-être encore faire face au surpoids. Je peux aussi imaginer qu’à cet âge tu sois plus motivé qu’à un âge plus avancé. Une histoire de vieux chiens et de nouveaux tours.

On peut aussi se demander s’il y a cause et conséquence. Les étudiantes qui se pèsent perdent-elles du poids parce qu’elles se pèsent chaque jour, ou se pèsent-elles chaque jour parce qu’elles pensent davantage à leur poids ?

Selon moi, l’étude ne dit donc pas beaucoup plus que ceci : le risque de prendre du poids est plus élevé si tu n’y prêtes absolument aucune attention. Mais faut-il vraiment monter sur la balance tous les jours...

Quand j’ai posé le pied sur le verre
Une lumière bleue a attiré mon regard
Pendant que les chiffres numériques
Se mettaient à grimper si haut
Et c’est alors que j’ai compris
En regardant mon poids
Que mon corps est gros
Mais cette balance est géniale

Références

  1. Rosenbaum, D.L., Espel, H.M., Butryn, M.L. et al. J Behav Med (2017). https://doi.org/10.1007/s10865-017-9870-y
  2. Lloyd-Richardson, E. E., Bailey, S., Fava, J. L., & Wing, R. (2009). A prospective study of weight gain during the college freshman and sophomore years. Preventive Medicine, 48, 256–261.
  3. Linde JA, Jeffery RW, French SA, Pronk NP, Boyle RG. Self-weighing in weight gain prevention and weight loss trials. Ann Behav Med. 2005 Dec;30(3):210-6. PubMed PMID: 16336072.

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