Étude : pourquoi l'entraînement n'a aucun effet chez certaines personnes
"Résistance à l'entraînement". Pas l'entraînement en résistance, pas le poids avec lequel vous vous entraînez, ni une aversion personnelle pour l'entraînement. Il s'agit ici d'un corps qui ne réagit pas à l'entraînement comme d'habitude. Une étude japonaise donne un aperçu d'une raison pour laquelle certaines personnes ne remarquent aucun effet de l'entraînement.
Résistance à l'entraînement
La sélénoprotéine P, un type d'hormone hépatokine sécrétée par le foie, provoquerait le phénomène de "résistance à l'entraînement". À cause d'elle, les bénéfices de l'entraînement ne seraient pas obtenus. C'est ce qui ressort d'une étude japonaise menée chez la souris et d'études cliniques [1].
Au Japon aussi, les maladies dites de civilisation comme le diabète, le syndrome métabolique et l'hypertension sont de plus en plus fréquentes en raison d'une activité physique toujours plus faible. L'entraînement est normalement recommandé comme thérapie et comme prévention de ces problèmes. Il existe toutefois de grandes différences dans la façon dont différentes personnes réagissent au même entraînement. Certaines semblent n'en tirer presque aucun bénéfice. Même si la publication de l'étude parle toujours d'"entraînement", il est important de préciser ici qu'il s'agit d'entraînement cardiovasculaire et non d'entraînement en résistance ou de musculation.
Des chercheurs de l'Université de Kanazawa renvoient à des études antérieures montrant que la sélénoprotéine P se trouve en concentrations élevées dans le sang des personnes atteintes de diabète de type 2. Des recherches précédentes montrent également que la sélénoprotéine P favorise la résistance à l'insuline, ce qui rend l'insuline moins capable de maintenir la glycémie stable et entraîne une hausse du sucre sanguin [2]. Son influence sur les effets de l'entraînement cardiovasculaire n'était toutefois pas encore connue.
L'étude a montré que des souris spéciales dépourvues de sélénoprotéine P avaient, après un mois d'entraînement sur tapis roulant, une capacité d'entraînement deux fois meilleure que celle de souris normales, pensez à la consommation maximale d'oxygène. Leur glycémie baissait aussi davantage lorsqu'elles recevaient une injection d'insuline que chez les souris normales.
Des souris normales ayant reçu de la sélénoprotéine P présentaient, après un mois d'entraînement, des niveaux plus bas de phosphorylation de l'AMPK*3. La phosphorylation de l'AMPK*3 est considérée comme liée à plusieurs effets bénéfiques de l'entraînement. D'autres souris utilisées ne possédaient pas de LRP1, un récepteur de la sélénoprotéine P. Cela signifie que la sélénoprotéine P ne peut pas exercer son action dans leur corps. Chez ces souris, l'administration de sélénoprotéine P n'a donc pas entraîné de niveaux plus bas de phosphorylation de l'AMPK après l'entraînement.
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Trente et une souris en bonne santé, mais peu actives, sans surpoids ni diabète de type 2, ont fait du cardio pendant 8 semaines. Leur consommation maximale d'oxygène a ensuite été mesurée. Globalement, celle-ci a augmenté grâce à l'entraînement. Certaines souris n'ont toutefois montré aucune augmentation, ou presque, de leur consommation d'oxygène. Il s'agissait des souris qui avaient des niveaux élevés de sélénoprotéine P dans le sang avant l'entraînement.
Il est donc démontré que des niveaux élevés de sélénoprotéine P, tout comme le récepteur de cette protéine, LRP1, provoquent une résistance aux effets de l'entraînement cardiovasculaire.
Applications
Les chercheurs espèrent que leur étude mènera à des recherches de suivi sur des médicaments capables de réduire la sélénoprotéine P dans le sang ou de "bloquer" LRP1, en concevant d'autres substances qui se lient à LRP1 afin que la sélénoprotéine P ne puisse plus s'y lier et n'ait donc plus d'effet.
Chez les personnes en surpoids et diabétiques, on pourrait aussi mesurer les niveaux de sélénoprotéine P afin d'évaluer dans quelle mesure elles bénéficieraient de l'entraînement. Le conseil pourrait alors être d'accorder davantage d'attention aux adaptations alimentaires s'il apparaît que l'entraînement aurait peu d'effet.
Références
- Hirofumi Misu, Hiroaki Takayama, Yoshiro Saito, Yuichiro Mita, Akihiro Kikuchi, Kiyo-aki Ishii, Keita Chikamoto, Takehiro Kanamori, Natsumi Tajima, Fei Lan, Yumie Takeshita, Masao Honda, Mutsumi Tanaka, Seiji Kato, Naoto Matsuyama, Yuya Yoshioka, Kaito Iwayama, Kumpei Tokuyama, Nobuhiko Akazawa, Seiji Maeda, Kazuhiro Takekoshi, Seiichi Matsugo, Noriko Noguchi, Shuichi Kaneko, Toshinari Takamura. Deficiency of the hepatokine selenoprotein P increases responsiveness to exercise in mice through upregulation of reactive oxygen species and AMP-activated protein kinase in muscle. Nature Medicine, 2017; DOI: 10.1038/nm.4295
- Cell Metabolism 2010; 12(5), 483
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