L’effet exact des étirements sur les muscles reste pour beaucoup inconnu ou controversé. Selon certains, les étirements entraîneraient moins de blessures, tandis que selon d’autres ils en provoqueraient justement davantage. Certains sportifs s’étirent pour améliorer leurs performances sportives, alors que d’autres estiment que les étirements ont au contraire un effet négatif. Les avis divergent aussi sur le moment où il faudrait s’étirer. S’étirer avant l’entraînement ou après l’entraînement. Et sur la manière de s’étirer et la durée des étirements. C’est donc une bonne occasion d’essayer de remettre de l’ordre dans ce chaos et d’apporter de la clarté sur les effets des étirements.
Sommaire
- Élasticité du muscle et du tendon
- Viscosité du muscle et du tendon
- Muscles et tendons raides ou « souples », amplitude de mouvement
- Cycle étirement-raccourcissement
- Réflexe d’étirement inverse
- Organe tendineux de Golgi
- Réflexe d’étirement
- Pratique : différentes techniques d’étirement. Statique, balistique, DROM et PNF
- Étirements passifs
- Étirements actifs
- Étirements statiques
- Dynamic range of motion (DROM)
- Étirements balistiques
- PNF. Proprioceptive Neuromuscular Facilitation
- Quelques exemples de PNF :
- Le bon étirement pour le bon objectif
- L’effet des étirements sur les performances sportives
- « Les étirements n’ont pas d’effet positif direct sur les performances sportives »
- « S’étirer régulièrement a bien un effet positif sur les performances sportives »
- « Les étirements réguliers réduisent le risque de blessures, mais pas juste avant l’activité »
- Pourquoi les étirements n’ont pas d’effet direct, voire un effet négatif, sur les blessures
- Pratique : combien de temps s’étirer ?
- Pratique : à quelle fréquence s’étirer ? Nombre de répétitions par muscle, nombre d’étirements par semaine
- L’effet préventif des étirements sur les courbatures
- Résumé
Pour bien comprendre l’utilité et le fonctionnement des différentes manières de s’étirer, il faut revenir au fonctionnement du muscle et de son tendon. C’est pourquoi je commence par l’anatomie pertinente et les théories qui sous-tendent les étirements avant de passer à la pratique. Tu peux bien sûr aussi faire défiler directement jusqu’aux explications pratiques. Mais en connaissant les processus sous-jacents, tu peux souvent mieux estimer comment les utiliser en pratique pour tes objectifs personnels et éviter en plus des erreurs fréquentes.
Élasticité du muscle et du tendon
La souplesse des articulations est en grande partie déterminée par la longueur et l’élasticité des muscles qui les traversent et des tendons qui les relient à l’os (1). Le fait d’être « souple » ou flexible dépend de cette combinaison, qui constitue le moteur des mouvements dans l’articulation, comme une corde qui tire sur un levier.
Dans l’article sur le fonctionnement des muscles il est décrit comment la cellule musculaire elle-même est composée de chaînes d’unités qui se contractent et se relâchent. Le tendon du muscle est élastique, mais il ne peut pas se contracter activement. Tu peux donc aussi examiner séparément les propriétés du muscle et du tendon lorsqu’il s’agit des étirements, de leur utilité et de leur efficacité. D’un autre côté, c’est l’interaction entre le muscle et le tendon qui détermine le fonctionnement en pratique. Il faut donc finalement regarder comment cette combinaison fonctionne.
Pour comprendre la collaboration entre le muscle et le tendon, je me la représente ainsi :
Tu formes une chaîne de personnes debout, bras tendus, main dans la main. Elles sont toutes sur un skateboard, de sorte que lorsqu’elles tirent les mains les unes des autres, tout le monde dans la chaîne est attiré vers les autres et la chaîne se raccourcit. Imagine maintenant qu’aux deux extrémités de la chaîne, la dernière personne tienne un élastique relié à un gros ballon. Dans cet exemple, les personnes sont les sarcomères, les unités du muscle qui assurent la contraction.
Ensemble, les personnes de cette chaîne forment le muscle.
Les élastiques de l’exemple représentent le fonctionnement des tendons. Les gros ballons aux extrémités représentent les parties du corps qui sont rapprochées l’une de l’autre, comme la main que l’on ramène vers les épaules lors de la contraction du biceps.
Dans la vidéo ci-dessous, tu vois cela représenté. Le rouge représente le muscle lui-même, les parties blanches à l’extérieur sont les tendons.
Lorsque tous les hommes commencent à tirer, les élastiques s’étirent d’abord avant de transmettre la force aux ballons. Cette élasticité des tendons permet ainsi de stocker d’abord l’énergie (2,3,4,5). Si maintenant, aux deux extrémités de la chaîne, d’autres personnes tirent les ballons vers l’extérieur, toute la chaîne est étirée. Les tendons, mais aussi les personnes au milieu.
Tu peux peut-être imaginer que l’aspect est différent lorsque les personnes dans la chaîne restent détendues pendant qu’elles sont étirées, ou lorsqu’elles se mettent justement à tirer les unes sur les autres pendant qu’elles sont étirées. Cela explique aussi plusieurs façons différentes de s’étirer et les objectifs correspondants, mais j’y reviendrai plus loin.
Cet exemple montre aussi pourquoi beaucoup de sportifs doivent réfléchir à l’opportunité de s’étirer et à la manière de le faire. Si tu remplaçais les élastiques par une corde, les ballons aux extrémités se rapprocheraient beaucoup plus vite, car la corde ne s’étire pas d’abord, mais transmet immédiatement toute la charge ou la force au ballon. D’un autre côté, le risque de rupture de la corde est plus grand, car elle ne peut pas s’allonger lorsque la charge est trop importante. Les étirements peuvent donc conduire à une meilleure souplesse, mais aussi à une explosivité réduite.
Viscosité du muscle et du tendon
Une autre propriété du muscle, en plus de l’élasticité, est la viscosité. J’ai déjà décrit la viscosité dans l’article consacré à l’échauffement. Tu peux voir la viscosité comme une résistance ou une friction causée par un type de fluide. Par exemple, remuer dans un pot de peinture épaisse demande beaucoup d’effort. Ce pot de peinture a une viscosité plus élevée que l’eau, par exemple, qui offre moins de résistance. Les muscles et les tendons sont eux aussi visqueux. Alors que tu peux comparer l’élasticité à un élastique ou à un ressort, tu peux voir la viscosité comme un vérin hydraulique que tu tires vers l’extérieur ou que tu enfonces. Plus tu pousses fort, plus la résistance augmente. Comme une pompe à vélo qui devient très dure à actionner lorsque tu vas trop vite. Les muscles et leurs tendons sont à la fois visqueux et élastiques, autrement dit viscoélastiques. En biomécanique, on représente cela schématiquement par un ressort et un vérin hydraulique reliés en parallèle ou en série.
Muscles et tendons raides ou « souples », amplitude de mouvement
Avant d’aborder l’effet réel des étirements, il est bon de regarder d’abord les effets souhaités. Pourquoi nous étirons-nous au fond ? En pratique, la plupart des gens s’étirent pour avoir des muscles moins raides, donc plus souples, et ainsi devenir plus flexibles. Dans la littérature et chez les professionnels, cette flexibilité est généralement formulée et mesurée par ce que l’on appelle la « range of motion » (ROM), c’est-à-dire l’amplitude d’un mouvement. Par exemple, si jambes tendues tu peux te pencher juste assez pour toucher tes genoux, la ROM de tes ischio-jambiers est plus petite que si tu pouvais poser les mains à plat au sol et/ou pousser ton nez entre tes genoux.
Cette ROM est donc déterminée par la flexibilité ou au contraire la raideur du muscle et du tendon. Ta raideur ou flexibilité « naturelle » (donc non influencée par l’entraînement ou l’activité) est largement déterminée par le type de tendon et son épaisseur. Repense à l’élastique. De la même manière qu’il existe des élastiques fins et épais, il existe aussi des tendons fins et plus épais. Il faut moins de force pour étirer les tendons les plus fins que pour étirer les plus épais.
La force nécessaire pour allonger un muscle et son tendon est exprimée sous forme de raideur musculaire. La formule pour déterminer cette raideur du muscle et du tendon est : Raideur (N/m) = force / variation de la longueur du muscle et du tendon. (N/m = newtons par mètre) Plus il faut de force pour modifier la longueur du muscle avec ses tendons, plus ceux-ci sont raides. La mesure dans laquelle un muscle et son tendon cèdent au contraire sous la pression est exprimée par le mot anglais « compliance ».
Dans l’exemple où l’on se penche en avant pour toucher le sol, tout le monde verra comme négatif le fait d’être raide. En tant que danseur ou gymnaste, tu peux souvent chercher les limites de ta ROM afin de pouvoir exécuter avec ton corps le plus grand nombre possible de mouvements différents. En tant que coureur, par exemple, tu as au contraire intérêt à avoir un degré plus élevé de raideur du muscle et du tendon, afin de perdre le moins d’énergie possible lors de leur étirement (3).
Lorsque les muscles et les tendons sont étirés puis se relâchent de nouveau en libérant l’énergie, une partie de cette énergie est en effet perdue par friction et transformée en chaleur. Cette différence entre l’énergie fournie et l’énergie finalement restituée (hystérèse/hysteresis) n’est toutefois pas complètement perdue (6). Cette chaleur fait aussi diminuer la viscosité du tendon et du muscle, ce qui réduit la résistance. J’ai également décrit ce mécanisme dans l’article sur l’échauffement.
Cycle étirement-raccourcissement
Le Stretch Shortening Cycle est un principe qui dépend de l’élasticité (ou au contraire de la raideur) du muscle et du tendon. Un muscle qui s’étire d’abord de manière excentrique, puis se raccourcit de nouveau de manière concentrique, peut générer plus de force que lorsqu’il se contracte directement de façon concentrique (2,3,4,5). L’étirement excentrique correspond au moment où le muscle s’allonge alors qu’il est contracté.
Un exemple : tu fléchis d’abord les genoux pour ensuite sauter vers le haut. Pendant la flexion, les muscles du quadriceps sont étirés, mais restent sous tension, sinon tu tomberais les fesses au sol. Une partie de l’énergie de la descente est stockée grâce à l’élasticité, et tu l’utilises lorsque tu contractes plus fort pour tendre de nouveau les jambes lors du saut (le muscle se raccourcissant alors). De cette manière, tu sautes plus haut que si tu partais d’une position immobile et fléchie.
On ne sait pas encore clairement si cette énergie est stockée dans le tendon. Des études ont été menées dans lesquelles la partie élastique du tendon a été retirée, et il est apparu que l’énergie stockée n’était pas ou peu réduite (7,8,9,10). L’aponévrose est également envisagée comme source d’énergie stockée (11). Il s’agit d’une sorte de membrane aux propriétés élastiques qui entoure le muscle, sert à le protéger et à maintenir le faisceau musculaire ensemble.
En plus d’une perte d’explosivité, des muscles et tendons moins raides peuvent donc aussi entraîner une force absolue moindre. Il faut donc toujours regarder les objectifs du sportif en général et la fonction (souhaitée) des différents muscles.
Le chercheur Levine a conclu après son étude que la raideur musculaire augmente le risque de blessures (12). Cela dépend toutefois fortement de la mesure dans laquelle les blessures sont causées par des activités où l’on utilise (de manière répétée ou sous forte pression) une amplitude de mouvement plus grande que celle à laquelle le muscle et le tendon sont habitués. Les étirements peuvent donc, dans certains cas, réduire le risque de blessures et, dans d’autres, ne faire aucune différence ou même avoir une influence négative. Plus loin dans l’article, j’aborde l’influence des étirements sur les blessures dans différentes circonstances.
Réflexe d’étirement inverse
Pour comprendre l’utilité de certaines techniques d’étirement, tu dois connaître quelques processus d’autoprotection du muscle et du tendon. Ce sont des processus qui font que le muscle, dans certaines circonstances, se contracte ou au contraire se relâche de lui-même. Certaines méthodes d’étirement utilisent ces processus pour permettre une ROM plus grande ou l’augmenter plus rapidement.
Organe tendineux de Golgi
Dans l’article sur la musculation pour les sports de combat, j’ai brièvement abordé l’organe tendineux de Golgi et le réflexe tendineux de Golgi (tendon = attache). Ce mécanisme réflexe fait que le muscle se relâche lorsqu’il subit trop de tension pendant la contraction. Cela se produit pour protéger le muscle et le tendon contre les dommages. On appelle aussi cela l’« inverse myotatic effect » ou « inverse stretch reflex » (inverse = renversé/opposé).
Réflexe d’étirement
On peut voir comme son opposé le « myotatic effect », généralement appelé « stretch reflex » (13)
Un exemple de réflexe d’étirement que nous connaissons presque tous est le réflexe du tendon rotulien (« knee jerk »). C’est le fameux petit coup de marteau sous le genou, après lequel la jambe (si tout va bien) s’étend. Ce qui se passe ici, c’est que le quadriceps et son tendon, qui passe par-dessus le genou, sont étirés par le petit coup de marteau. Comme la corde d’une guitare qui se tend davantage lorsque tu l’enfonces ou que tu la tires vers toi. La tension ou l’étirement provoqué par le petit coup n’est pas grand, mais la vitesse à laquelle il se produit l’est.
Le réflexe d’étirement est un processus protecteur qui empêche le muscle d’être allongé de façon indésirable sous une pression ou à une vitesse trop élevée. Dans l’exemple du genou, celui-ci montrera un réflexe particulièrement fort si, par exemple, tu croises les doigts de tes mains et tires vers l’extérieur comme si tu tenais un panier lourd. Le cerveau pense alors que tu portes quelque chose de lourd et provoque un réflexe plus fort afin d’éviter que tu tombes les fesses au sol si tu dois soudain tenir une lourde charge. Dans ce cas, le réflexe assure une réaction inconsciente plus rapide que celle que tu pourrais déclencher consciemment.
Un autre exemple se produit lorsque tu laisses soudain ton tronc tomber sur le côté, ce qui crée (de l’autre côté) un grand étirement des muscles abdominaux latéraux (obliques abdominus). Pour éviter que tu continues à marcher dans une mauvaise posture, le corps corrige déjà cela (en partie) de lui-même en contractant le côté étiré.
Pratique : différentes techniques d’étirement. Statique, balistique, DROM et PNF
Il existe différentes méthodes pour s’étirer. Certaines ont été développées avec des objectifs spécifiques en tête, d’autres découlent de nouvelles connaissances sur le fonctionnement des muscles et des tendons. Tu peux classer beaucoup de méthodes d’étirement en deux catégories : les étirements actifs et les étirements passifs.
Étirements passifs
Lors d’un étirement passif, tu utilises d’autres muscles ou des aides pour étirer un muscle et son tendon précis. Pense par exemple au fait de se pencher en avant jambes tendues pour étirer les ischio-jambiers. C’est un étirement passif où l’on utilise le poids du haut du corps pour maintenir les ischio-jambiers étirés. Un autre exemple est le fait de tenir un bras tendu devant la poitrine (en pointant le bras droit vers la gauche, ou inversement) et d’utiliser l’autre bras pour le maintenir contre la poitrine. Dans cet étirement passif de l’épaule (et du triceps lorsque le bras est plié), tu utilises les muscles de l’autre bras pour maintenir l’étirement.
Étirements actifs
Lors d’un étirement actif, tu utilises le muscle lui-même ou l’antagoniste pour l’étirer. L’agoniste est le muscle qui se contracte pour produire un mouvement donné. L’antagoniste est le muscle dont l’action est opposée à celle de l’agoniste (comme biceps et triceps, quadriceps et ischio-jambiers). Repense à l’étirement des ischio-jambiers. Dans l’exemple de l’étirement passif, nous nous penchions en avant, la tête vers les genoux et les pieds. Dans l’étirement actif, nous levons au contraire la jambe à l’aide du quadriceps afin d’étirer les ischio-jambiers.
À côté de cette division générale entre passif et actif, il existe des méthodes d’étirement spécifiques comme :
Étirements statiques
L’étirement statique signifie que tu maintiens l’étirement d’un muscle et de son tendon pendant une certaine durée, en gardant ainsi le muscle à une longueur fixe. Dans l’exemple où l’on se penche en avant, c’est statique si tu restes par exemple penché ainsi pendant 15 secondes (nous reviendrons plus loin sur la durée idéale d’un étirement). C’est la forme traditionnelle et la plus utilisée d’étirement.
L’étirement statique est la manière la plus sûre de s’étirer (14,15), mais ce n’est pas la plus rapide pour améliorer l’amplitude de mouvement. On pourrait en donner énormément d’exemples.
Dynamic range of motion (DROM)
Le Dynamic Range Of Motion (DROM), ou étirement dynamique, est une forme d’étirement actif. L’exemple donné pour l’étirement actif (jambe tendue, pied dirigé vers la tête) est une forme d’étirement dynamique. Il faut toutefois que la jambe soit dans ce cas levée calmement et de manière contrôlée.
Contrairement à l’étirement statique, l’étirement n’est pas maintenu à la fin du mouvement, mais plusieurs répétitions sont effectuées (16). Ci-dessous, tu vois différents exemples d’étirements dynamiques, même si la première exécution (pied vers la tête) semble réalisée si rapidement qu’elle ressemble déjà au type d’étirement suivant : l’étirement balistique.
Étirements balistiques
L’étirement balistique se fait comme l’étirement dynamique, mais plus vite et de manière plus explosive. On parle alors d’étirement actif et dynamique. Tu pourrais appeler cela l’« étirement rebond » ou l’« étirement par à-coups ». Ce mouvement de rebond provoque une secousse sur le tendon, qui est ainsi étiré à une vitesse relativement élevée.
L’étirement balistique peut être dangereux, car une vitesse plus élevée impose davantage de tension au muscle et au tendon. La recherche a montré qu’il existe un lien entre la vitesse de l’étirement et le risque de blessures (1). Il est donc surtout recommandé aux athlètes expérimentés.
Dans l’exemple d’étirement dynamique, tu as vu dans la première exécution que les pieds étaient « lancés » vers le haut. Cela allait si vite que, dans ce cas aussi, les ischio-jambiers subissent chaque fois une secousse. Dans l’exemple ci-dessous, tu vois la dame étirer ses ischio-jambiers de façon balistique en jetant pour ainsi dire le haut de son corps vers le bas.
PNF. Proprioceptive Neuromuscular Facilitation
La proprioception désigne la manière dont le corps détermine la position de différentes parties du corps les unes par rapport aux autres et les forces générées par ces parties. Pour la position, ce principe fait par exemple que tu peux, les yeux fermés, amener un verre à tes lèvres. Pour la détermination de la force, cela inclut aussi le fonctionnement de l’organe tendineux de Golgi et du réflexe d’étirement.
La facilitation neuromusculaire proprioceptive (PNF) essaie d’utiliser intelligemment ces réflexes afin, entre autres, d’augmenter l’amplitude de mouvement. Cela se fait par exemple en contractant (concentriquement), en relâchant, en maintenant sous tension (isométriquement) ou en combinant ces actions dans le muscle concerné ou l’antagoniste pendant l’étirement. Un inconvénient de la PNF est que, pour certaines exécutions, tu as besoin d’un partenaire qui sait ce qu’il fait et avec qui tu peux bien communiquer (17).
Quelques exemples de PNF :
Contracter & relâcher (contract & relax):
C’est la forme la plus utilisée d’étirement PNF. Tu amènes passivement le muscle jusqu’à un étirement (par exemple en te penchant en avant pour les ischio-jambiers), puis tu contractes les muscles pendant au moins 3 secondes (Surburg). En pratique, on contracte souvent environ 10 à 15 secondes.
Par « contracter », on entend ici concentriquement, ce qui signifie que le muscle se raccourcit pendant la contraction. Cela se produit dans les quadriceps lorsque la jambe est tendue depuis une position fléchie (comme dans l’exercice des leg extensions). Le réflexe tendineux de Golgi (ou « effet réflexe inverse ») fait que le muscle veut automatiquement se relâcher lorsqu’il est contracté longtemps. Ainsi, au moment du relâchement, le muscle peut s’allonger davantage lors de l’étirement suivant.
Maintenir et relâcher (hold & relax):
Cela ressemble beaucoup à la méthode précédente, avec la différence que le muscle reste à une seule longueur pendant la contraction (isométrique). Lorsque tu contractes tes ischio-jambiers, tu peux le faire avec une jambe dont l’angle du genou ne change pas. Autrement dit : une jambe fléchie reste fléchie, ou une jambe tendue reste tendue. C’est une contraction isométrique. Le muscle est bien contracté, mais il n’est pas raccourci. Lorsque tu ramènes ton talon vers tes fesses pendant la contraction (comme avec les leg curls), le muscle se raccourcit et nous parlons alors d’une contraction concentrique. La contraction isométrique est maintenue environ 10 à 15 secondes.
Le maintien prolongé sous tension active le réflexe tendineux de Golgi mentionné plus haut (effet réflexe inverse). Cela fait que le muscle se relâche automatiquement par autoprotection (après environ six secondes). Après les 10 à 15 secondes de contraction, le muscle est relâché pendant au maximum 3 secondes. Ensuite, on étire de nouveau et cet étirement est maintenu environ 20 secondes. Grâce à la contraction et au relâchement précédents, le muscle et le tendon peuvent maintenant être étirés plus loin que la première fois.
Comparée à contracter & relâcher, la méthode maintenir & relâcher convient mieux aux personnes ayant une force limitée dans l’agoniste, une amplitude de mouvement limitée ou d’autres douleurs dans l’articulation.
Contracter & relâcher avec contraction de l’antagoniste (contract & relax with antagonist contract):
Avec cette méthode, le muscle souhaité est d’abord étiré pendant environ 20 secondes (par exemple de nouveau l’ischio-jambier comme agoniste). Ensuite, il est contracté de manière concentrique pendant 10 à 15 secondes, comme dans contracter & relâcher. La différence est qu’ensuite l’antagoniste est également contracté (dans l’exemple, le quadriceps), ce qui permet à l’agoniste (ischio-jambier) d’être étiré davantage en se relâchant.
Ce dernier relâchement et cet étirement reposent sur un principe appelé inhibition réciproque (voir plus loin). Ensuite, l’agoniste est de nouveau étiré statiquement pendant 20 secondes. Il peut maintenant s’étirer davantage grâce aux deux processus : le réflexe d’étirement inverse et l’inhibition réciproque.
Inhibition réciproque
L’inhibition réciproque est, comme le réflexe d’étirement (inverse), un processus d’autoprotection. Le relâchement de l’antagoniste permet à l’agoniste de se contracter davantage. Ce processus réduit donc aussi le risque de blessures en évitant que l’agoniste et l’antagoniste se contractent simultanément et exercent de grandes forces opposées. Cela ne se passe toutefois pas toujours correctement.
J’en ai moi-même fait l’expérience il y a un an ou deux, lorsque je me suis laissé entraîner par mon neveu de 16 ans, pendant une promenade sur la plage, dans une petite course de sprint. Même si je sprintais souvent autrefois dans des sports comme le baseball et le basket, c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui. Pourtant, mon ego a repoussé la petite voix qui disait : « Peut-être que tu devrais d’abord t’échauffer un peu, vieux ». Pendant le sprint, les nerfs doivent envoyer en continu les signaux qui font notamment se contracter et se relâcher alternativement les ischio-jambiers et les quadriceps. Avec la ligne d’arrivée ou la poubelle en vue, ça a mal tourné dans la jambe gauche. Les deux muscles se sont activés en même temps. Comme l’ischio-jambier est en général le muscle le plus faible par rapport au quadriceps, et que c’était aussi mon cas, il n’a pas supporté la grande tension et je l’ai claqué. J’ai pu me vanter d’être encore plus rapide que mon neveu, mais je n’ai pas pu courir pendant plus d’un mois.
L’étirement dynamique peut lui aussi utiliser l’inhibition réciproque. Comme les quadriceps se contractent pour lever la jambe, les ischio-jambiers se relâchent, ce qui permet de les étirer davantage.
Brève explication de l’inhibition réciproque :
Autres formes de PNF : Il existe en outre d’autres formes de PNF, moins utilisées, où l’étirement statique est par exemple remplacé par un étirement balistique (hold-relax-swing ou hold-relax-bounce).
Le bon étirement pour le bon objectif
Comme tu le vois, il existe beaucoup de manières différentes de s’étirer. La question se pose alors naturellement : « Laquelle est la meilleure ? » Cela dépend de ton objectif. Veux-tu augmenter ta flexibilité ou au contraire ta force, améliorer tes performances sportives, ou cherches-tu à prévenir les blessures et/ou les courbatures ?
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Augmenter la flexibilité
Des chercheurs de l’University of Central Arkansas ont comparé l’étirement statique traditionnel avec l’étirement dynamique et ont conclu que l’étirement statique augmente la flexibilité presque quatre fois plus que l’étirement dynamique (18). Il en ressort que si l’objectif est la flexibilité, l’étirement statique convient mieux que l’étirement dynamique.
Lorsque des chercheurs japonais ont étudié l’effet de l’étirement statique et de la PNF sur la flexibilité, ils ont constaté que la PNF entraînait une augmentation encore plus importante de la flexibilité (19).
Lorsque la même comparaison a été faite à l’University of the State of Rio de Janeiro, cette différence n’a toutefois pas été observée. Leur conclusion était que l’étirement statique et la PNF conduisent à une amélioration comparable de la flexibilité (20). C’était aussi la conclusion de chercheurs turcs qui ont comparé l’étirement statique et la PNF (21).
Augmenter et conserver la force
Le fait que l’étirement statique entraîne une perte de force à court terme a été démontré dans plusieurs études (22,23,24). Il apparaît en outre que l’étirement statique provoque une perte de force à court terme plus importante que l’étirement balistique (25,26,27,28) et que l’étirement dynamique (29).
Des chercheurs brésiliens, entre autres, ont comparé l’étirement statique à l’étirement balistique et ont vu que, dans cette comparaison aussi, l’étirement statique entraînait une plus grande augmentation de la flexibilité (28). Ils ont toutefois aussi observé que l’étirement statique faisait diminuer la force maximale lors d’une presse à jambes, alors que celle-ci restait inchangée après l’étirement balistique. Ils conseillent donc, juste avant des activités nécessitant beaucoup de force, de choisir plutôt l’étirement balistique que l’étirement statique.
Les exercices d’étirement statique produisent une amélioration aiguë plus importante de la flexibilité que les exercices d’étirement balistique. Par conséquent, l’étirement statique peut ne pas être recommandé avant des événements sportifs ou des activités physiques qui exigent des niveaux élevés de force. En revanche, l’étirement balistique pourrait être plus approprié, car il semble moins susceptible de diminuer la force maximale. Par conséquent, l’étirement statique peut ne pas être recommandé avant des événements sportifs ou des activités physiques qui exigent des niveaux élevés de force. En revanche, l’étirement balistique pourrait être plus approprié, car il semble moins susceptible de diminuer la force maximale.
R.F. Bacurau, School of Arts, Sciences and Humanities, University of São Paulo
Comme l’étirement balistique ressemble beaucoup à l’étirement dynamique, on pourrait supposer que l’étirement dynamique entraîne lui aussi moins de perte de force que l’étirement statique.
C’est effectivement la conclusion de chercheurs de l’University of Oklahoma lorsqu’ils ont comparé l’effet de l’étirement statique et dynamique sur la force (Herda 29). Eux aussi ont observé une baisse de force après l’étirement statique, mais pas après l’étirement dynamique.
Globalement, une séance aiguë d’étirement dynamique peut être moins préjudiciable à la force musculaire que l’étirement statique pour les ischio-jambiers.
T.J. Herda, University of Oklahoma
Des chercheurs de la George Washington University ont au contraire observé une augmentation de la force après les étirements lorsqu’ils ont comparé l’effet de l’étirement statique, dynamique et PNF (Manoel 30). Là où les Brésiliens testaient la force maximale avec une presse à jambes, les Américains testaient la force sur un vélo.
Ce sont toutefois d’autres fibres musculaires qui sont activées pour cela (type IIA au lieu de IIB), ce qui peut expliquer une différence dans les résultats de l’étude. Ce que je trouve donc plus intéressant, c’est de comparer les différences entre les différents étirements. L’augmentation de force était plus grande après l’étirement dynamique qu’après l’étirement statique et la PNF. Ils n’ont pas observé de différence entre l’effet de l’étirement statique et celui de la PNF sur la force.
Les chercheurs turcs qui ont comparé l’étirement statique et la PNF n’ont pas non plus observé de différence d’influence sur la force. Dans leur étude, ils regardaient la hauteur d’un drop jump (21).
Enfin, des chercheurs britanniques ont aussi étudié l’effet sur la puissance de saut, un quart d’heure après l’étirement statique, balistique et PNF (31). Eux aussi ont vu qu’après l’étirement statique et la PNF, la force diminuait, mais pas après l’étirement balistique.
Il est donc important de réfléchir à la raison pour laquelle tu t’étires et de voir quelle méthode d’étirement convient le mieux. Pour la plus grande augmentation de flexibilité, tu peux choisir l’étirement statique et la PNF. Si cela ne doit pas se faire au détriment de la force, les étirements dynamiques et balistiques sont plus adaptés.
L’effet des étirements sur les performances sportives
Tu vois que les étirements peuvent avoir des effets positifs (flexibilité) et des effets négatifs (perte de force). Tu peux alors te demander ce que cela signifie pour les performances sportives. Comme pour l’échauffement, il est utile ici de réfléchir d’abord à ce que sont de « bonnes performances ». Pour la plupart des sports, les performances sportives peuvent se mesurer en force produite, en vitesse, en distance parcourue ou en éléments comme les points marqués. Pour un haltérophile, c’est le poids qu’il peut soulever et éventuellement à quel poids. Dans certains sports, la flexibilité est plus importante, tandis que dans d’autres l’accent est mis sur la vitesse, la force ou la précision.
Les études sur les performances sportives se concentrent souvent sur la force, la vitesse et l’endurance. Il est donc important d’en avoir conscience si ton objectif principal est, en pole dance, de descendre du haut de la barre en grand écart. Si tu as du mal avec le grand écart, tu dois regarder les effets sur la flexibilité. Si tu as déjà du mal à monter en haut de cette barre, tu ferais mieux de te concentrer davantage sur des étirements qui ne se font pas au détriment de la force.
Peut-être plus important encore : il faut distinguer les effets directs des étirements et leurs effets à long terme, car il peut y avoir de grandes différences entre les deux. Les études mentionnées ci-dessus sur l’influence des différentes méthodes d’étirement portaient toutes sur les effets à court terme, juste après l’étirement.
« Les étirements n’ont pas d’effet positif direct sur les performances sportives »
À partir des études mentionnées ci-dessus, nous pouvons donc déjà conclure que les étirements juste avant une activité comportent un risque de perte de force.
Le chercheur canadien Ian Shrier a mené de très nombreuses recherches sur les étirements, aussi bien ses propres études que des études dites comparatives, dans lesquelles les recherches d’autres auteurs sont comparées entre elles. Il a examiné diverses études portant à la fois sur l’effet direct et sur l’effet à long terme des étirements (32). Il a comparé 23 études sur les effets directs des étirements sur les résultats, dont trois des études que j’ai également citées plus haut (22,23,24). Il s’est surtout intéressé à des éléments comme la force isométrique produite et la puissance de saut.
Il a conclu que 22 des 23 études montraient que les étirements n’ont pas d’effet positif sur les performances sportives qui suivent directement. Cela incluait donc aussi des études montrant un effet négatif, comme on peut le voir sur l’image ci-contre. À gauche de la ligne, tu vois les études qui indiquaient un effet négatif (du moins le score donné, les noms des études étant tous à droite) et à droite les études (ou leur score) qui indiquaient un effet positif.
Une séance aiguë d’étirement n’améliore ni la force ni la hauteur de saut, et les résultats concernant la vitesse de course sont contradictoires.
I. Shrier, SMBD-Jewish General Hospital
« S’étirer régulièrement a bien un effet positif sur les performances sportives »
Shrier a ensuite comparé neuf études sur les effets d’étirements réguliers sur les performances. Il s’agit donc des effets à long terme. Le tableau était nettement plus positif (32).
Parmi ces neuf études, sept indiquaient un effet positif des étirements réguliers. Les deux études qui n’indiquaient pas d’effet positif portaient uniquement sur l’efficacité de course. Aucune étude n’indiquait d’effet défavorable, contrairement à ce qui était observé pour les résultats directs des étirements avant l’activité.
Les étirements réguliers améliorent la force, la hauteur de saut et la vitesse, même s’il n’existe aucune preuve qu’ils améliorent l’économie de course.
I. Shrier, SMBD-Jewish General Hospital
« Les étirements réguliers réduisent le risque de blessures, mais pas juste avant l’activité »
Mon professeur de karaté/jiu-jitsu/kobudo dit parfois pendant les étirements avant le cours : « Tu t’étires pour le prochain entraînement ». Il veut dire par là que les étirements n’offrent pas d’avantage pour l’entraînement du moment. Tu as pu voir que cela se vérifie pour les performances sportives.
Si tu regardes les nombreuses études qui examinent l’effet sur les blessures lors d’activités qui suivent directement, cela se vérifie aussi. Différentes études ont été menées sur l’influence directe des étirements sur le risque de blessures pendant un entraînement ou une compétition. La question posée est la suivante : si tu t’étires avant un entraînement, cela réduira-t-il le risque de blessures pendant ce même entraînement ? C’est une question logique en soi, car la raideur musculaire est souvent considérée comme un facteur de risque de blessures (11).
Même s’il existe des études montrant que les étirements réduisent le risque de blessures, il apparaît souvent dans ces cas qu’il y avait d’autres interventions que les étirements (33,34,35). Souvent, les étirements n’étaient alors pas le seul facteur influencé par les chercheurs. Dans de nombreux cas, un échauffement était aussi effectué en plus des étirements. Même si cela se combine souvent en pratique, il n’est pas très utile de mesurer les effets de l’un ou de l’autre dans ces conditions.
Shrier le souligne donc à juste titre dans son étude intitulée : « Should people stretch before exersize? » (36). Il renvoie à d’autres études où les effets ont bien été mesurés séparément et où les résultats ont conduit à une autre conclusion. Dans tous ces cas, les étirements n’avaient en effet aucun effet positif sur le nombre de blessures pendant l’activité qui suivait (37,38,39). Une distinction a été faite entre les blessures liées au contact et les autres blessures. Tout comme l’effet d’un échauffement, les étirements feront évidemment peu de différence si, pendant un entraînement de football, ton genou est brisé en deux par le tacle d’un adversaire.
Pourquoi les étirements n’ont pas d’effet direct, voire un effet négatif, sur les blessures
Shrier cite plusieurs raisons pour lesquelles les étirements avant un entraînement ou une compétition peuvent n’avoir aucun effet, ou même un effet négatif, sur les blessures (27). Premièrement, il souligne que la plupart des blessures surviennent pendant la partie excentrique d’un mouvement. Pense par exemple au fait de plier les genoux (le fait de se redresser ensuite étant la partie concentrique/positive). Dans cet exemple, la plupart des blessures se produiront pendant la descente et non lorsque tu es déjà arrivé en bas. En t’étirant, tu augmentes l’amplitude de mouvement mentionnée plus haut, ce qui pourrait par exemple te permettre de descendre encore plus bas en flexion. Tu déplaces ainsi le point final du mouvement. Comme ce point final n’est toutefois pas l’endroit où la plupart des blessures surviennent, le déplacer apporte peu à la prévention des blessures. C’est évidemment différent si tu fais du ballet ou de la gymnastique et que tu dois pouvoir faire le grand écart. Dans ce cas, augmenter l’amplitude de mouvement a bien du sens, mais là encore ce n’est pas cette unique séance d’étirements avant l’entraînement qui le rendra possible.
Shrier souligne en outre le danger de l’effet dit analgésique des étirements. Il s’agit de l’effet antidouleur/anesthésiant des étirements (40,41,15). En étirant les muscles avant un entraînement, tu réduis ainsi la fonction de signalisation de la douleur. Si ensuite tu ne remarques pas, ou seulement plus tard, qu’il y a un problème (ce dont le signal douloureux veut t’informer), des troubles peuvent apparaître que tu aurais peut-être pu éviter autrement.
Enfin, il renvoie à une étude montrant la possibilité que des étirements légers puissent déjà entraîner des lésions musculaires au niveau cellulaire (27,42). Dans l’étude à laquelle il se réfère, « étirement léger » signifiait allonger la longueur du muscle au repos de 20 %.
Il ne semble pas prudent de diminuer sa tolérance à la douleur, de créer possiblement des dommages au niveau du cytosquelette, puis d’exercer ce muscle lésé et anesthésié. À noter qu’aucune preuve issue de la science fondamentale ne suggère que les étirements diminueraient les blessures. Enfin, certaines données fondamentales suggèrent qu’un échauffement peut aider à prévenir les blessures
I. Shrier, SMBD-Jewish General Hospital
Pratique : combien de temps s’étirer ?
Si tu t’étires statiquement, combien de temps dois-tu maintenir l’étirement ? Si tu t’étires dynamiquement ou utilises la PNF, combien de fois dois-tu répéter cela ? Cela aussi a été largement étudié dans diverses recherches.
Étirement statique : combien de temps ?
Les chercheurs déjà mentionnés de l’University of Central Arkansas ont examiné dans une autre étude la flexibilité des ischio-jambiers après étirement (43). En 1994, ils ont uniquement regardé la durée de l’étirement. Ils ont demandé à leurs sujets (hommes et femmes âgés de 21 à 37 ans) de s’étirer pendant 15, 30 et 60 secondes afin de mesurer la différence d’effet sur la flexibilité (amplitude de mouvement). Les étirements étaient réalisés cinq jours par semaine, pendant six semaines.
Finalement, les chercheurs ont observé que les étirements de 30 et 60 secondes entraînaient une plus grande augmentation de la flexibilité que ceux de 15 secondes. Entre 30 et 60 secondes, il n’y avait pas de différence significative, ce qui les a conduits à conclure que 30 secondes suffisent pour un résultat optimal.
Les résultats de cette étude suggèrent qu’une durée de 30 secondes est un temps d’étirement efficace pour améliorer la flexibilité des muscles ischio-jambiers. Compte tenu du fait qu’aucune augmentation de la flexibilité des ischio-jambiers n’a été observée lorsque la durée d’étirement passait de 30 à 60 secondes, l’utilisation de cette durée plus longue pour un effet aigu doit être remise en question.
W.D. Bandy, University of Central Arkansas
Trois ans plus tard, les mêmes chercheurs ont de nouveau comparé la différence entre 30 et 60 secondes, mais aussi la fréquence des étirements (44). Ils ont réparti leurs sujets (âgés de 21 à 39 ans) en différents groupes qui ne s’étiraient pas, s’étiraient 30 ou 60 secondes, 1 ou 3 fois par jour. Ils ont observé que tous les groupes qui s’étaient étirés avaient des ischio-jambiers plus flexibles que le groupe qui ne s’était pas étiré. Entre les groupes qui s’étaient étirés, ils n’ont pas observé de différence.
Leur conclusion était donc qu’une fois par jour, 30 secondes (par groupe musculaire), suffit, puisque s’étirer plus souvent ne donne pas de meilleur résultat.
Cela ne dit pas encore clairement si une durée plus courte que 30 secondes pourrait être tout aussi efficace. La réponse a été donnée par une étude de la Vrije Universiteit Brussel (45). Vingt femmes âgées de 20 à 30 ans ont fait pendant dix semaines des étirements pour l’articulation de la hanche. On a alors comparé l’effet de 10, 20 et 30 secondes d’étirement. Comme les chercheurs de l’Arkansas n’avaient pas vu de différence entre 30 et 60 secondes, les Belges n’ont pas non plus vu de différence entre 10, 20 et 30 secondes.
Ils ont donc conclu que, du moins pour l’articulation de la hanche, 10 secondes suffisent déjà.
À Duke University en Caroline du Nord, cela a également été étudié dans le cadre d’une recherche plus large sur les étirements (1). Ils ont toutefois utilisé des cobayes, des New Zealand White rabbits pour être précis. Chez ceux-ci, le tibialis anterior (TA, 20 pièces) et l’extensor digitorum longus (EDL, 40 pièces) ont été étudiés. Même s’ils ont sans doute été tués « humainement », ces (au moins) soixante petits lapins ont donné leur vie pour que tu saches combien de temps tu dois t’étirer. Autant que tu le saches :)
Quoi qu’il en soit, ils ont choisi ces muscles parce qu’ils sont facilement accessibles et n’ont qu’un seul point d’origine et d’insertion (donc une seule attache à l’os de chaque côté), ce qui rend la longueur du muscle plus facile à mesurer.
Les muscles ont été étirés dans une sorte de version miniature d’un instrument de torture médiéval (image à droite) afin de voir quelle était la tension (stress) sur le muscle et dans quelle mesure cette tension diminuait (relaxation). Pour simplifier fortement : plus le muscle se relâche en réaction à la tension provoquée par l’étirement, plus cela conduit à un muscle et un tendon plus longs. Ils ont ainsi mesuré la « stress-relaxation » au fil du temps pendant lequel le muscle et le tendon étaient étirés. Il en est ressorti que la stress-relaxation était la plus importante pendant les 12 à 18 premières secondes. Ensuite, la diminution de la tension était nettement moins importante.
De l’étude de Caroline du Nord, tu peux donc déduire que 12 à 18 secondes suffisent. Cela peut être différent lorsqu’une étude similaire est menée chez des personnes de plus de 65 ans (46). 62 personnes âgées d’un âge moyen de 84 ans ont été réparties en groupes. Il y avait un groupe témoin qui ne s’étirait pas, et les autres ont été répartis en groupes qui s’étiraient 5 fois par semaine, pendant 6 semaines, durant 15, 30 ou 60 secondes. L’étirement de 60 secondes a produit chez ces sujets âgés la plus grande augmentation de l’amplitude de mouvement.
Si tu compares toutes ces études, tu peux dire qu’il faut maintenir un étirement au minimum 10 à 12 secondes, et au maximum 30 secondes. Les personnes de plus de 65 ans ont intérêt à maintenir l’étirement plus longtemps, à savoir 60 secondes.
Pratique : à quelle fréquence s’étirer ? Nombre de répétitions par muscle, nombre d’étirements par semaine
De la même manière qu’en musculation tu travailles généralement par groupe musculaire avec plusieurs séries d’un certain nombre de répétitions, tu peux aussi étirer un muscle donné plusieurs fois pour obtenir un meilleur résultat. La question est bien sûr : « Combien de fois ? »
Concernant l’étirement statique, plusieurs chercheurs ont donné des réponses différentes, allant d’une à vingt fois (47,48,49). En soi, elles sont toutes correctes, puisque toutes ces répétitions contribuent à une plus grande flexibilité grâce à une diminution de la tension musculaire. La mesure dans laquelle chaque répétition d’un étirement contribue à davantage de souplesse devient toutefois de plus en plus faible à mesure que le nombre de répétitions augmente.
Nous avons déjà vu plus haut, dans l’étude de Central Arkansas, qu’il n’y avait pas de différence significative entre s’étirer une fois ou trois fois (44).
Les chercheurs de Caroline du Nord qui avaient étiré les muscles des petits lapins ont vu que la tension sur les muscles ne diminuait significativement qu’après les quatre premiers étirements (1 Taylor). Ils en déduisent qu’effectuer le même étirement plus de quatre fois par séance n’est pas efficace.
C’est surtout le premier étirement qui contribue le plus à réduire la tension musculaire.
Des chercheurs de l’University of Plymouth se sont eux aussi demandé si toutes ces répétitions avaient vraiment du sens et ont examiné l’effet d’un seul étirement, aussi bien statique que PNF (dans l’étude, il s’agissait de contracter-relâcher) (50). Eux aussi ont regardé l’augmentation de la flexibilité des ischio-jambiers. Ils ont constaté qu’un seul étirement statique comme la PNF contribue à la flexibilité. Ils ont également observé que la PNF contribue davantage à la flexibilité que l’étirement statique. Malheureusement, ils n’ont pas vérifié si davantage de répétitions conduiraient à un meilleur résultat.
Diverses études avec une conclusion commune : le premier étirement produit un résultat considérable. Pour autant que l’on ait étudié plusieurs répétitions, il apparaît que toutes les répétitions suivantes apportent relativement peu de résultat supplémentaire, et que la différence n’est en tout cas plus significative après quatre répétitions.
Personnellement, je conseillerais donc plutôt d’utiliser le temps disponible pour étirer plusieurs muscles plutôt que d’étirer un seul muscle plusieurs fois. Sauf si tu as des raisons personnelles ou sportives de préférer obtenir un petit résultat supplémentaire sur un muscle de plus plutôt qu’un grand résultat sur d’autres muscles.
L’effet préventif des étirements sur les courbatures
On pratique ou recommande parfois les étirements pour prévenir les courbatures. Même si certaines études montrent que les étirements peuvent réduire les courbatures (51), l’effet semble négligeable.
Des chercheurs danois ont fait effectuer à des femmes saines et non entraînées des exercices excentriques pour les quadriceps (52). Il a été démontré que l’entraînement excentrique entraîne le plus de microtraumatismes (petites déchirures dans le muscle) et, en partie pour cette raison, le plus de courbatures. Chez les personnes non entraînées surtout, ces courbatures apparaissent rapidement. Ils ont fait entraîner les quadriceps à ces femmes à deux périodes différentes, la première fois sans étirements et une à deux années plus tard avec étirements (avant et après l’entraînement). Les chercheurs n’ont observé aucune différence après la deuxième période dans les courbatures rapportées par les femmes, ni dans les indicateurs physiologiques correspondants.
Il n’y avait aucune différence dans les variables rapportées entre les expériences un et deux. Il est conclu que l’étirement passif n’a eu aucune influence significative sur l’augmentation de la CK plasmatique, la douleur musculaire, la force musculaire et le rapport PCr/Pi, ce qui indique que l’étirement passif après un exercice excentrique ne peut pas prévenir les altérations pathologiques secondaires.
H. Lund, University of Copenhagen
Nous savons toutefois que des études menées dans des circonstances différentes peuvent donner des réponses différentes à la même question. C’est pourquoi des chercheurs australiens ont réalisé une étude comparative, comme Ian Shrier l’avait fait pour les effets sur les performances sportives (53). Ils ont comparé au total quatorze études sur l’effet des étirements sur les courbatures. Dans les études qui examinaient l’effet des étirements sur les courbatures un jour après l’activité, l’effet s’est révélé très faible. Sur une échelle de 100 points, les étirements après l’activité ne donnaient qu’un point de différence. Les étirements après l’entraînement ne faisaient même qu’un demi-point de différence. Lorsqu’ils regardaient les études axées sur le pic ressenti des courbatures dans la période d’une demi-journée à trois jours après l’activité, la différence était de quatre points.
Quatre pour cent de gain sur les performances sportives est quelque chose pour lequel la plupart signeraient volontiers, mais il ne semble pas vraisemblable que cette différence de courbatures en vaille vraiment la peine. Statistiquement, les différences ne peuvent en tout cas pas être qualifiées de significatives.
Les données issues d’études randomisées suggèrent que les étirements musculaires, qu’ils soient réalisés avant, après, ou avant et après l’exercice, ne produisent pas de réductions cliniquement importantes des courbatures retardées chez les adultes en bonne santé.
R.D. Herbert, The George Institute for Global Health
Les étirements ne provoquent donc pas de diminution (significative) des courbatures.
Résumé
- Les muscles et les tendons sont élastiques et visqueux. La flexibilité détermine l’ampleur de la trajectoire du mouvement, ce que l’on appelle la range of motion.
- Les muscles et les tendons possèdent des mécanismes d’autoprotection comme le réflexe d’étirement, le réflexe d’étirement inverse et l’inhibition réciproque.
- Différentes manières de s’étirer utilisent ces mécanismes. Les étirements sont pratiqués de différentes façons pour différents objectifs, avec des résultats différents.
- Il existe en outre une différence entre les effets des étirements juste avant une activité et les effets structurels d’étirements réguliers.
- Les étirements améliorent la flexibilité, mais peuvent aussi diminuer la force avant une activité.
- Les étirements statiques et la PNF entraînent une plus grande augmentation de la flexibilité que les étirements balistiques et dynamiques, mais aussi une perte de force (plus importante) à court terme.
- S’étirer régulièrement peut améliorer les performances sportives. Une même différence existe entre l’effet direct des étirements sur les blessures lors d’activités qui suivent immédiatement et leur effet à long terme sur les blessures.
- Selon l’âge, tu dois maintenir un étirement au minimum 10 à 12 secondes, et au maximum 30 secondes. Pour les personnes de 65 ans et plus, 60 secondes sont recommandées. Le premier étirement entraînera la plus grande augmentation de flexibilité ; à partir du quatrième étirement, la flexibilité n’augmente plus de manière significative.
- Les étirements n’ont pas d’effet significatif sur les courbatures.
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